La Capeb vient d’obtenir la publication au Journal officiel de l’arrêté instaurant le RGE par validation des acquis de l’expérience (VAE), une réforme qu’elle portait depuis plusieurs mois pour simplifier l’accès à la qualification. Une avancée très attendue, actée le 26 juin, qui clôtura les Rencontres des Métiers du Bâtiment sur une note particulièrement symbolique. Mais pour l’organisation professionnelle, le dossier de la rénovation énergétique est loin d’être refermé. Au contraire, la bataille se déplace désormais sur l’avenir de MaPrimeRénov’.

La publication de l’arrêté du 26 juin marque l’aboutissement d’un long travail de concertation entre les affaires publiques de la Capeb, les pouvoirs publics et les acteurs de la filière.

L’organisation militait depuis plusieurs mois pour une réforme en profondeur du dispositif RGE, jugé trop complexe et trop éloigné des réalités des petites entreprises artisanales.

Avec le RGE par VAE, un changement de logique s’impose : les artisans pourront désormais accéder à la qualification après validation de trois chantiers audités conformes, accompagnés d’un dossier administratif allégé à transmettre aux organismes de qualification.

Une simplification qualifiée de « gain d’accès » majeur à la rénovation énergétique, tout en maintenant un haut niveau d’exigence grâce aux audits. Pour la Capeb, cette réforme constitue un véritable tournant : l’expérience de terrain devient enfin un critère central de qualification.

Un « cadeau de clôture »

Publié le 26 juin, le texte est tombé à la clôture des Rencontres des métiers du bâtiment de la Capeb à Marseille. C’est Vincent Jeanbrun qui en a fait l’annonce, sous les applaudissements des artisans. Un timing salué comme un véritable « cadeau de clôture », tant la mesure était attendue. Jean-Christophe Repon s’est félicité de cette avancée, tout en rappelant qu’elle est le fruit de plusieurs mois de travail menés avec constance auprès des pouvoirs publics.

MaPrimeRénov’ : la bataille continue

Cette satisfaction ne masque toutefois pas les profondes inquiétudes de l’organisation sur l’évolution de MaPrimeRénov’. Le gouvernement envisage de recentrer durablement le dispositif sur les seules rénovations globales, réduisant fortement le soutien aux travaux réalisés « geste par geste ».

Pour la Capeb, ce choix est en contradiction avec la réalité du terrain. Une rénovation globale représente un investissement considérable et suppose un projet complexe que beaucoup de ménages ne peuvent engager. En privilégiant exclusivement ces opérations, l’État risque de rendre la rénovation énergétique moins accessible à une large partie des Français.

L’organisation rappelle qu’une transition réussie passe au contraire par une progression dans le temps. Les ménages doivent pouvoir engager des travaux sur trois à cinq ans, en commençant par les interventions les plus urgentes avant d’aller plus loin. Cette logique de rénovation par étapes permet de répartir l’effort financier tout en améliorant progressivement la performance énergétique des logements.

« À quoi servira le RGE VAE sans les monogestes ? »

Jean-Christophe Repon alerte sur une contradiction majeure : « Il y a 700 000 passoires énergétiques à décarboner ! Si on n’a plus les monogestes, à quoi servira le RGE VAE ? Le discours est incohérent. »

Pour la Capeb, la réforme du RGE et celle de MaPrimeRénov’ ne peuvent être pensées séparément. Simplifier l’accès des artisans qualifiés aux marchés de la rénovation n’aurait guère de sens si les particuliers perdaient, dans le même temps, les aides qui leur permettent de lancer les premiers travaux.

Un signal paradoxal en pleine canicule

L’organisation dénonce également le calendrier retenu par le gouvernement. Alors que les épisodes de fortes chaleurs se multiplient, la priorité devrait être donnée à l’isolation des bâtiments et à leur ventilation afin d’améliorer le confort d’été.

Pour la Capeb, il est paradoxal de continuer à privilégier l’installation de pompes à chaleur sans rappeler qu’un logement doit d’abord être correctement isolé pour garantir l’efficacité de ces équipements. La rénovation énergétique doit suivre un ordre logique : isoler d’abord, changer de système de chauffage ensuite.

Jean-Christophe Repon est particulièrement sévère : « Cette décision relève uniquement d’un choix budgétaire et n’a pas été prise dans l’intérêt des Français. C’est une aberration climatique. »

Un contexte déjà très fragile

Cette réforme intervient alors que l’artisanat du bâtiment traverse une période particulièrement difficile. Depuis plus de deux ans, le secteur enregistre un recul de son activité, estimé à près de 1,5 %, notamment sur le marché de la rénovation énergétique.

Pour la Capeb, annoncer un nouveau « stop and go » sur MaPrimeRénov’ au cœur d’un épisode caniculaire risque d’accentuer encore les incertitudes des ménages comme des entreprises et de freiner des investissements pourtant indispensables.

Des exceptions et un basculement vers les CEE

Certaines aides devraient néanmoins être maintenues, notamment pour les pompes à chaleur et quelques équipements jugés prioritaires.

Une partie des financements pourrait également être transférée vers les certificats d’économie d’énergie (CEE), financés par les fournisseurs d’énergie. Si ce mécanisme réduit la dépense directe de l’État, la Capeb souligne qu’il pourrait, à terme, être répercuté sur les consommateurs via les factures d’énergie.

Une réforme structurante

Pour le gouvernement, ce recentrage vise à concentrer les moyens publics sur les rénovations les plus performantes.

Pour la Capeb, l’enjeu est tout autre : préserver une politique de rénovation accessible à tous. L’organisation plaide pour une approche pragmatique, permettant aux Français d’avancer progressivement, geste après geste, vers des logements plus sobres et plus confortables.

La transition écologique, rappelle-t-elle, ne pourra réussir que si elle demeure économiquement accessible aux ménages et compatible avec les réalités des entreprises artisanales.

La bataille réglementaire et politique ne fait donc que commencer.

Dominique PARRAVANO