Canicules, fortes pluies, sols qui se fissurent : les aléas climatiques bousculent l’activité des entreprises artisanales du bâtiment et les besoins de leurs clients. Lors d’une conférence proposée par la Capeb au salon Batimat, les échanges ont mis en lumière la nécessité d’anticiper les crises.
Le changement climatique pèse sur les conditions de travail, les délais, les approvisionnements et la trésorerie des entreprises artisanales du bâtiment. À Batimat, la conférence consacrée à ce sujet a dressé un constat : les entreprises prennent conscience de leur exposition, mais cette prise de conscience ne se traduit pas encore systématiquement par une stratégie d’adaptation.
Une prise de conscience qui peine à devenir un plan d’action
Selon l’enquête présentée pendant la conférence, menée par la Capeb auprès de plus de 2 000 répondants, 68 % des entreprises artisanales du bâtiment interrogées perçoivent une augmentation de la fréquence des événements extrêmes au cours des cinq dernières années. La majorité des répondants considère les aléas climatiques comme un enjeu ; pourtant, seul un quart d’entre eux les ont intégrés à leur stratégie. Parmi les expositions citées figurent la chaleur et les canicules (91 %), les précipitations (60 %), ainsi que le froid et le gel (48 %). Ces données, rapportées lors des échanges, illustrent l’écart entre le risque ressenti et la préparation des entreprises.
Les conséquences dépassent les dégâts matériels. Retards, pénalités, reports de travaux ou encore ruptures d’approvisionnement peuvent se cumuler, même lorsqu’une entreprise artisanale n’est pas directement sinistrée. L’enjeu, souligné lors de cette conférence, est donc d’aider les petites structures à identifier leurs vulnérabilités et à définir des actions adaptées à leurs moyens.
Confort d’été et maisons fissurées : une demande qui évolue
Du côté des clients, les attentes changent aussi. Plus de six ménages sur dix jugent leur logement vulnérable aux aléas climatiques. Le confort d’été devient ainsi un sujet à part entière de la rénovation. Les échanges ont insisté sur la nécessité de ne pas réduire la réponse à la climatisation : isolation, protections solaires, stores, ventilation et brasseurs d’air constituent autant de leviers à examiner selon le bâtiment et son usage.
Autre préoccupation : le retrait-gonflement des argiles. Les variations de teneur en eau des sols peuvent provoquer des mouvements et des fissures dans les bâtiments. Souvent premiers interlocuteurs des propriétaires, les artisans doivent pouvoir orienter la demande sans improviser un diagnostic structurel. La formation, le recours aux compétences adaptées mais aussi la vérification des garanties d’assurance sont indispensables avant d’intervenir sur les fondations ou la structure. La gestion des eaux pluviales, l’état des réseaux ou encore la végétation environnante font partie des pistes de prévention évoquées, à étudier au cas par cas. Pour la profession, le défi consiste autant à prévenir les désordres qu’à les réparer.
Jean-Michel Martin : l’épreuve du sinistre, la force du collectif
Comment réagir lorsque l’activité bascule ? Jean-Michel Martin, président des métiers du Bois à la Capeb, a apporté une réponse concrète en racontant l’incendie de son atelier, en 2017. Il l’a précisé : ce sinistre n’était pas d’origine climatique. Son expérience éclaire néanmoins les enjeux de préparation et de continuité d’activité. L’organisation des sauvegardes informatiques a permis de préserver les données et de redémarrer un serveur dès le lundi suivant l’incendie. À l’inverse, les clés de véhicules restées dans le bâtiment ont compliqué leur déplacement : un détail devenu un obstacle au cœur de la crise.
« On a besoin des autres, on en a besoin pour avoir cette force de partager avec d’autres. »
Jean-Michel Martin, à propos de l’incendie de son atelier en 2017.
Au-delà de la sauvegarde des outils de travail, son récit souligne l’importance de ne pas rester isolé. Des confrères ont proposé leur aide ; des clients se sont dit prêts à payer leurs commandes pour soutenir l’entreprise. Le réseau professionnel a aussi constitué un appui pour comprendre les démarches et choisir les interlocuteurs, sans décider dans la précipitation. La reprise ne se joue pas seulement dans l’urgence, elle suppose un suivi des conséquences financières, comptables et assurantielles du sinistre.
Charlyne Lamiche




















