L’inquiétude gagne toute la filière. Dans une tribune intitulée « Monsieur le Premier ministre, ne sacrifiez pas l’apprentissage ! », Régions de France, la Capeb et les principaux acteurs de la formation et de l’emploi dénoncent une coupe budgétaire brutale susceptible d’ébranler tout le système de l’apprentissage. Un cri d’alarme qui fédère l’ensemble de l’écosystème face à une réforme jugée lourde de conséquences.
Dans une tribune commune, François Bonneau, président de la commission éducation-orientation-formation-emploi de Régions de France, Thierry Marx, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, Christian Pons, président des Compagnons du Devoir, ainsi que plusieurs personnalités du monde de l’apprentissage, dont la Capeb, tirent la sonnette d’alarme. En cause : un décret du 28 mai qui acte la division par huit du fonds de soutien à l’apprentissage versé par l’État aux Régions. Une décision qui réduit à 33 millions d’euros les moyens disponibles pour les 18 Régions en 2026, un niveau jugé insuffisant pour assurer le financement des CFA, tant en investissement qu’en fonctionnement. Pour les signataires, le signal est clair : les centres de formation sont désormais placés dans une situation critique.

Des CFA fragilisés, un système sous tension
Les auteurs de la tribune dénoncent une décision « incompréhensible » qui s’ajoute, selon eux, à un désengagement progressif de l’État depuis la réforme de 2018. Les chiffres avancés illustrent l’inquiétude : une étude récente indique que 56 % des CFA anticipent un déficit en 2026, tandis que 17 % envisagent déjà des réductions d’activité ou des suppressions de postes. Dans ce contexte, les signataires alertent sur un risque de fragilisation structurelle du modèle français de l’apprentissage, construit autour de la loi de 2018.
Des formations menacées sur tout le territoire
Au-delà des équilibres budgétaires, la tribune met en avant un enjeu territorial majeur. Selon les signataires, de nombreuses formations pourraient être directement menacées, en particulier : les formations implantées en zones rurales ou dans les quartiers prioritaires, les métiers dits « rares », les filières en tension comme l’industrie, le BTP et plus largement les métiers de l’artisanat. Une situation jugée préoccupante dans un contexte de ralentissement économique et de tensions sur le marché de l’emploi.
Un enjeu direct pour les entreprises et l’emploi des jeunes
Les signataires insistent sur le rôle central de l’apprentissage dans l’insertion professionnelle des jeunes et dans le recrutement des entreprises. Pour les secteurs confrontés à des difficultés de recrutement et à une baisse des marges, l’apprentissage constitue un vivier essentiel de compétences opérationnelles. Sa fragilisation pourrait, selon eux, accentuer les tensions déjà à l’œuvre sur le marché du travail. « Ne sacrifions pas l’apprentissage sur l’autel de l’austérité », résume la tribune, qui appelle à préserver un système jugé indispensable à la formation et à l’emploi.
Un appel direct au Premier ministre
Les signataires s’adressent directement à Sébastien Lecornu, appelant à un revirement rapide de la décision. Ils demandent un rétablissement des financements et plaident, à plus long terme, pour une réorganisation plus cohérente du système, reposant davantage sur les Régions et sur une meilleure articulation entre lycées professionnels et CFA, notamment via la mutualisation des plateaux techniques. Une proposition qui devra, selon eux, être débattue dans le cadre des prochaines discussions nationales sur l’avenir de la formation.
« Un très grand nombre de formations seront condamnées »
La tribune conclut sur un avertissement sans ambiguïté : « Avec la division par huit du fonds de soutien à l’apprentissage, un très grand nombre de formations seront condamnées à la fermeture et l’existence de nombreux CFA est remise en cause. » Un message qui traduit l’inquiétude d’un large front d’acteurs de la formation, unis pour défendre un modèle jugé stratégique pour l’emploi des jeunes et la compétitivité des entreprises.
Dominique Parravano






















