Le nouveau laboratoire de recherche et développement de l’industriel japonais à Gand, en Belgique, met à l’épreuve les capacités des pompes à chaleur, qui sont tout sauf épargnées.

 

Un immeuble de bureaux de 14 étages jouxte un cube en béton sans fenêtre, laissant au visiteur le loisir d’imaginer ce qui peut se trouver à l’intérieur. Mais avec le nom « Daikin » sur la devanture, il n’y a pas de doute : ce sont bien des pompes à chaleur qui se trouvent à l’intérieur. L’industriel japonais spécialisé dans ces équipements de génie climatique a construit à Gand, en Belgique, l’un de ses plus grands laboratoires de recherche et développement au monde. Livré fin 2024, il a fait l’objet d’un investissement de 140 millions d’euros pour offrir 10 200 m2 d’espaces de bureaux et 11 000 m2 de laboratoires. À l’intérieur de ce dernier, ce sont 23 chambres de tests qui viennent en renfort de celles présentes sur le site industriel du groupe à Ostende, toujours en Belgique.
Des chambres aux allures de salles de torture pour les pompes à chaleur, tant elles sont malmenées afin que l’industriel sache ce qu’elles ont dans le ventre.

Le nouveau centre de recherche et développement et de test de Daikin à Gand, en Belgique. Crédit : Daikin

Épreuve 1 : Continuer de chauffer malgré le blizzard

À l’ouverture d’une des 16 chambres d’essai environnementales, une atmosphère glaciale vient fouetter le visage. Et pour cause, la température à l’intérieur est de -15 °C. Une pompe à chaleur y trône fièrement, gelée jusqu’aux circuits. Mais pas d’hypothermie pour elle : le but est pour Daikin de tester ses équipements dans les conditions les plus extrêmes et de connaître leurs performances. Les températures de ces « pièces de neige », ou « snow rooms », peuvent atteindre -40 °C.

La pièce enneigée. Crédit : Victor Dubois-Carriat

Épreuve 2 : Tourner sans faire de bruit

Ce n’est pas la quatrième dimension, mais une salle construite pour entendre une feuille tomber par terre. Il s’agit d’une salle anéchoïque acoustique, ou « chambre sourde », constituée de blocs en mousse de polymère en forme de dièdres pour absorber les ondes sonores. Son sol a dû aussi être isolé minutieusement afin d’éviter que les vibrations et sons venant du parking ne pénètrent. Ici, les micros captent les sons sans fioritures émis par la pompe à chaleur, qui a la réputation de faire du bruit. L’ensemble de ces équipements permet ainsi d’abaisser le niveau sonore ambiant à moins de 10 décibels. C’est bien en ce sens que Daikin cherche à mesurer très précisément les niveaux acoustiques de ses produits.

La chambre anéchoïque. Crédit : Victor Dubois-Carriat

Épreuve 3 : Passer à travers les ondes électromagnétiques

On n’y pense pas toujours, mais les pompes à chaleur doivent passer un test de compatibilité électromagnétique (CEM). Le but : voir si l’équipement peut fonctionner dans un environnement électromagnétique sans lui-même interférer avec les appareils qui émettent des ondes, comme les téléphones. Ici encore, la salle dédiée à ce type de mesure a des allures futuristes : des mosaïques de carrés blancs de polystyrène recouvrent les parois de la moitié d’une grande salle. Comme pour la chambre sourde, cette semi-chambre anéchoïque a pour but d’isoler totalement l’espace des ondes électromagnétiques extérieures (cage de Faraday). Dans la chambre, une antenne mesure les perturbations électromagnétiques que peut causer l’appareil. Avant elle, Daikin n’en avait aucune en Europe.

La semi-chambre anéchoïque dédiée aux tests d’ondes électromagnétiques. Crédit : Daikin

Épreuve 4 : Une PAC dans les tropiques

Dans le froid, le bruit et les ondes, mais aussi dans la chaleur et l’humidité ! Daikin fait aussi subir à ses pompes à chaleur des tests dans des salles d’enthalpie de l’air, qui mesurent aussi bien le niveau de chaleur dans l’air que le niveau d’humidité. Les scientifiques peuvent ainsi faire varier le taux d’humidité de la chambre tout en analysant les performances de la pompe à chaleur.

Épreuve 5 : Des pompes à chaleur disséquées

Fini les grandes salles imposantes ! Place au laboratoire ! Dans une pièce, les scientifiques disposent de microscopes pour analyser certains détails et peuvent réaliser des tests UV sur les composants des pompes à chaleur. Une chambre permettant d’analyser la résistance des composants au sel s’y trouve, mais aussi des espaces de tests de fonctionnement. Sur ce point, les scientifiques montent de toutes pièces des circuits pour faire fonctionner pompes, planchers chauffants, etc.

Le laboratoire de Daikin. Crédit : Victor Dubois-Carriat

Épreuve 6 : Tester l’intelligence des circuits

Des rangées de boîtes avec des smartphones posés devant matérialisent les cerveaux des pompes à chaleur. Dans cette salle, Daikin entrepose des « Simboxes », ou boîtes de simulation. Chacune d’entre elles permet de simuler des scénarios ou dysfonctionnements qui pourraient arriver à la pompe à chaleur afin d’analyser comment le logiciel y répond. Si cela ne remplace pas les tests en conditions réelles, elles permettent néanmoins de prétester les pompes à chaleur. Un test de QI en somme.

Les cerveaux des pompes à chaleur, appelés Simboxs. Crédit : Victor Dubois-Carriat

Fin du voyage

Grâce à l’ensemble de ces tests, Daikin s’assure que les pompes à chaleur produites ont les performances attendues et peut aussi préqualifier ses nouveaux produits.

 

Daikin en bref
Daikin a été fondé en 1924 à Osaka, au Japon. Le groupe compte aujourd’hui 103 500 employés dans le monde et réalise un chiffre d’affaires de 28,98 milliards d’euros. Il dispose en Europe de 58 filiales et 15 sites de production, et emploie 13 800 personnes.