Christophe Quéré appartient à cette poignée d’artisans capables de donner à la pierre une allure de légèreté. Maître de la voûte sarrasine, il façonne des escaliers balancés où chaque marche trouve sa place avec une précision millimétrée.

Installé à Braine, dans l’Aisne, Christophe Quéré est l’un des très rares professionnels capables de réaliser ce type d’ouvrage dans un rayon de 200 km. L’escalier sur voûte sarrasine, né en Afrique du Nord, apparaît dans les textes italiens au XIVe siècle avant de s’ancrer surtout dans le Sud de la France.

Deux familles d’escaliers

La particularité de la voûte sarrasine tient à sa finesse : un ouvrage bien exécuté affiche à peine 6 cm d’épaisseur entre la marche et le bas du jour, là où un escalier en béton dépasse allègrement les 15 cm. Résultat : une impression de légèreté et une élégance que le béton ne peut égaler.

Deux grands types de voûte

La voûte catalane, droite, ponctuée de paliers et la voûte sarrasine, elle, entièrement balancée. Dans ce dernier cas, tout réside dans la justesse de la courbe : chaque marche doit accompagner le mouvement, sans rupture, pour éviter le fameux « coup de jarret » sur l’arête. Un travail d’orfèvre où la pierre, subtilement domptée, devient presque fluide.

Méthode de la voûte sarrasine : de l’épure à la pose

L’exécution de la voûte sarrasine se fait sans étais et peut être réalisée dans le neuf ou en rénovation. Un escalier complet, comptant de seize à dix-sept marches, peut être monté en quatre jours, soit environ cinq marches par jour. Parmi les étapes clés de ce type d’ouvrage, Christophe Quéré démarre toujours le projet par le relevé, l’épure, le dessin à taille réelle, la taille de la pierre (marches et contremarches) et la pose de la première marche qu’il taille dans un bloc entier de pierre massive, puis il effectue l’assemblage de l’escalier.

L’épure est dessinée sur du contreplaqué en atelier et reportée sur le chantier pour contrôler l’aplomb de chaque marche et contremarche. L’épure permet de créer des panneaux (patrons) décalqués sur film plastique souple servant à tailler les éléments en pierre. Une fois la première marche monobloc posée, la technique exige de poser d’abord la marche et la contremarche en même temps que de la brique plâtrière taillée (à l’arrière de la contremarche et sous la marche). L’artisan veille à laisser une lamelle (languette) sur la brique plâtrière qu’il a retaillée. Ceci afin que la brique se cale idéalement contre la contremarche et sous la marche, et pour que la lamelle de la brique puisse s’appuyer sur la marche du dessous. Cet assemblage est ensuite complété par une brique collée en diagonale placée en buttée (le tout formant un triangle au dos de chaque marche), servant de support à la seconde étape, la mise en œuvre de la voûte.

Voûte en briques plâtrières : trois canons pour une courbure parfaite

©Christophe Quéré

La voûte se monte simultanément avec les marches. Le tout étant monté par scellement au plâtre de Lutèce pour sa blancheur, à la manière des plafonds d’église (voir le chantier de l’église Saint-Nicolas-de-Bourgueil dans le BA n° 764 de septembre 2025). L’artisan décale les joints et croise les briques, un peu comme les lames d’un parquet en point de Hongrie. Ceci afin d’obtenir une courbe douce sous l’escalier. Pour une courbure parfaite de la voûte, le professionnel n’utilise que trois canons sur les cinq qui composent les briques (creux ou chambres présents à l’intérieur).

Une fois la voûte réalisée, Christophe Quéré applique le plâtre de Lutèce sous l’escalier et garnit également le jour (côté visible des marches) sur une épaisseur moyenne de 1 à 2 cm. La voûte allant jusqu’au sol et prenant appui sur la première marche monobloc, il n’est pas nécessaire de placer des points d’accroche au sol pour la maintenir. Après séchage complet du plâtre, la voûte et le jour de l’escalier ainsi livrés sont prêts à recevoir la peinture de finition.

Thomas Peixoto