Le ton est donné, et il est brutal. À peine les annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu sur l’accélération de l’électrification dévoilées, la Capeb tire la sonnette d’alarme : pour les entreprises artisanales du bâtiment, déjà éprouvées par deux années de turbulences, le choc pourrait être frontal.
Derrière l’affichage volontariste, la bascule s’annonce massive : fin des chaudières gaz dans le neuf dès 2026, 10 milliards d’euros d’aides annuelles pour pousser l’électrification, montée en puissance accélérée des pompes à chaleur, refonte du logement social, coup d’accélérateur aux véhicules électriques. Un changement de cap à marche forcée, qui redessine en profondeur tout l’écosystème du bâtiment , au risque de laisser sur le bord de la route les plus fragiles dont les entreprises artisanales.
Ces orientations concernent directement les artisans, notamment les chauffagistes et plombiers. Dans un contexte de baisse d’activité durable, le signal est jugé particulièrement difficile à encaisser.
Une transition jugée déconnectée du terrain
Si la Capeb soutient l’objectif de décarbonation, elle déplore une stratégie « trop rapide » et insuffisamment concertée. L’organisation pointe un décalage entre des objectifs ambitieux et une réalité économique sous tension depuis plus de deux ans. Elle appelle à une trajectoire plus progressive et pragmatique, estimant que la confiance des entreprises ne peut se décréter.
Chauffage : une filière sous tension
L’inquiétude est particulièrement forte chez les chauffagistes. La fin du gaz dans le neuf risque de provoquer une rupture d’activité pour des entreprises spécialisées, incapables de se réorganiser en si peu de temps. La montée en compétence vers d’autres solutions, comme les pompes à chaleur, ne peut s’opérer à marche forcée sans fragiliser davantage un tissu déjà affaibli.
Sobriété énergétique : le grand angle mort
Pour la Capeb, la stratégie actuelle néglige un levier essentiel : l’isolation. Elle défend une approche fondée sur la sobriété : réduire d’abord les consommations, avant d’électrifier les usages. Or, entre le coût encore élevé des équipements et un marché qui peine à décoller, les ménages hésitent. Sans politique de la demande solide, la transition risque de rester théorique.
Une feuille de route plus progressive attendue
Dans ce contexte, la Capeb plaide pour un changement de méthode. Elle appelle à construire une trajectoire plus progressive, élaborée avec les professionnels, et à restaurer une stabilité réglementaire indispensable aux investissements. Elle insiste aussi sur la nécessité de soutenir immédiatement l’activité, avec des mesures d’urgence pour l’emploi dans le bâtiment, tout en relançant la demande. Cela passe notamment par des incitations concrètes, comme une baisse temporaire de la TVA sur les travaux de rénovation énergétique. Plus largement, l’organisation défend une approche globale, articulant rénovation, isolation et solutions hybrides, afin de redonner cohérence et efficacité à la stratégie de décarbonation.
« Un choc pour des entreprises déjà fragilisées »
Pour Jean-Christophe Repon, la ligne est claire : « Nous partageons l’objectif de décarbonation, mais cette transition doit être progressive, lisible et construite avec les artisans. Sans visibilité ni confiance, elle risque d’aggraver la crise plutôt que de la résoudre. »
Dominique PARRAVANO






















