Eu égard aux épisodes caniculaires appelés à se multiplier, le Gouvernement veut faire du confort d’été un nouveau standard du bâtiment. Protections solaires, ventilation, rénovation, RE2020, écoles, logement social : le plan dévoilé cet été rebat les cartes, en privilégiant d’abord les solutions passives.
Le 17 juin dernier, juste avant que l’Hexagone ne plonge encore dans une nouvelle vague de chaleur, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, dévoilait une série de mesures destinées à accélérer l’adaptation des logements aux canicules.
Réunies au sein d’un plan intitulé « Renforcer notre endurance face aux vagues de chaleur », ces mesures ciblent à la fois le logement social, le parc privé et les dispositifs d’aide à la rénovation énergétique, notamment MaPrimeRénov’.
Car la chaleur n’est plus seulement un épisode météorologique. Elle devient un enjeu structurel pour le parc immobilier français. La France a connu quatre fois plus de jours de canicule au cours de la dernière décennie que dans les années 1980. Et selon une récente étude menée à partir des diagnostics de performance énergétique citée par le ministre, près d’un logement sur deux présente aujourd’hui un confort d’été insuffisant.
Au pupitre du ministère de la Transition écologique, Vincent Jeanbrun a ainsi défendu l’idée que « la canicule n’est pas qu’une question météorologique ou climatique », mais qu’elle est « désormais une question de justice sociale ». La chaleur, a-t-il insisté, « s’attaque à tous, particulièrement à ceux qui ne peuvent pas se mettre à l’abri », notamment les personnes vivant dans un logement trop chaud ou dans la rue.
Le Gouvernement veut donc changer de logiciel : concevoir et rénover les bâtiments pour qu’ils résistent davantage à la chaleur, plutôt que de compter uniquement sur la climatisation pour les refroidir.
Le passif passe en première ligne
Baies vitrées, protections solaires, isolation, inertie thermique, ventilation nocturne, brasseurs d’air… Le plan donne la priorité aux solutions dites passives, capables de limiter naturellement la montée en température.
Une baie vitrée exposée au soleil peut produire autant de chaleur qu’un radiateur en fonctionnement. À l’inverse, une bonne gestion des occultations peut réduire l’inconfort thermique de 30 à 50 %. Une isolation adaptée permettrait de le diminuer de 20 à 50 %, tandis qu’une ventilation efficace pourrait le réduire de 33 à 50 %.
Le message adressé aux professionnels est donc clair : le confort d’été doit être anticipé dès la conception du bâtiment et intégré à chaque rénovation.
Plusieurs dispositifs existent déjà pour accompagner les ménages. Les protections solaires et les brasseurs d’air sont éligibles à MaPrimeRénov’ dans le cadre des rénovations d’ampleur. Depuis 2025, ils bénéficient également d’une TVA réduite à 5,5 %. Le Gouvernement prévoit par ailleurs de renforcer l’accompagnement via France Rénov’ et les Mon Accompagnateur Rénov’.
Copropriétés : les protections solaires facilitées
Le plan s’attaque également aux freins rencontrés dans les copropriétés. L’installation de protections solaires pourrait désormais être votée à la majorité simple et intégrée aux dispositifs de prêt collectif.
Dans le logement social, les bailleurs devront recenser les logements dépourvus d’occultation des baies vitrées. Le confort d’été devra également être davantage pris en compte dans les programmes de rénovation.
Une évolution qui répond à un enjeu social autant que technique : les logements les plus difficiles à rafraîchir sont aussi souvent ceux occupés par les ménages qui disposent du moins de moyens pour s’adapter.
Écoles et bâtiments publics en première ligne
Les bâtiments publics, et notamment les écoles, constituent un autre chantier prioritaire.
Depuis 2025, l’accès au Fonds vert pour les opérations de rénovation est conditionné à la prise en compte du risque de surchauffe. Plus de 1 230 projets ont déjà été soutenus, pour 208 millions d’euros de subventions et près de 1,55 milliard d’euros de travaux générés.
Le programme ÉduRénov doit également monter en puissance, avec de nouveaux diagnostics consacrés au confort d’été et des études sur la végétalisation des cours d’école. L’objectif est d’accompagner 15 000 bâtiments d’ici 2028.
Le Gouvernement étudiera également la possibilité d’imposer la présence d’une pièce rafraîchie dans les établissements scolaires.
La RE2020 appelée à évoluer
Le plan pourrait aussi modifier durablement les règles du jeu pour les professionnels du bâtiment. Une concertation avec la filière doit être lancée afin de faire évoluer les exigences de confort d’été de la RE2020 en fonction des nouvelles trajectoires climatiques de référence. Un décret est annoncé avant le 1er janvier 2027.
Autre chantier : le bâti patrimonial. Un guide consacré à sa réhabilitation énergétique doit faciliter l’intégration de protections solaires tout en préservant les qualités architecturales des bâtiments concernés.
La chaleur pourrait donc progressivement devenir un critère aussi structurant que la performance énergétique hivernale dans la conception et la rénovation.
Le tout-climatisation n’est pas la solution
Le Gouvernement ne ferme pas pour autant la porte aux équipements actifs. Il entend plutôt favoriser les solutions les plus performantes.
Les réseaux de froid doivent ainsi voir leur capacité doubler d’ici 2030 et bénéficient désormais d’une TVA réduite à 5,5 %. Les pompes à chaleur réversibles sont également mises en avant, avec l’annonce prochaine d’un taux de TVA réduit pour les PAC air-air les plus performantes.
Mais la logique du plan reste celle de la sobriété : avant de refroidir davantage, il faut empêcher les bâtiments de trop chauffer.
Après le chauffage, le nouveau front du bâtiment
Pendant des décennies, la performance des bâtiments a principalement été pensée sous l’angle du froid hivernal, de l’isolation et de la réduction des consommations de chauffage. Le changement climatique impose désormais un autre paradigme.
Avec près d’un logement sur deux présentant un confort d’été insuffisant, l’enjeu ne relève plus seulement de la gestion des épisodes caniculaires. Il touche à la qualité du logement, à la rénovation énergétique et, plus largement, à la justice sociale.
Concevoir pour ne pas surchauffer, rénover pour mieux résister et rafraîchir plus efficacement : le confort d’été s’impose comme le nouveau front du bâtiment.
Dominique Parravano






















