Des heures à rallonge, une administration labyrinthique, une attente d’instantanéité : les artisans du BTP vivent sous haute tension. Le dernier Baromètre Artisanté 2025 lève le voile sur un mal invisible, celui de la charge mentale avec une accélération et une compression des vies travaillées et connectées.
Malgré une légère amélioration du rythme de travail, les dirigeants des entreprises artisanales du bâtiment et du paysage demeurent sous tension. C’est ce que révèle la 11e édition du baromètre Artisanté, réalisé par la Capeb , l’Iris-ST et la CNATP.
En 2024, 19 % des chefs d’entreprise artisanale déclarent encore travailler plus de 60 heures par semaine. Une proportion en légère baisse – ils étaient 23 % en 2022 – mais qui reste significative. Plus nombreux à prendre des congés, ils ne décrochent pourtant jamais vraiment : 57 % d’entre eux consultent leurs mails tous les jours, même en vacances. Et 54 % estiment ne pas avoir le choix. Entre pression des clients, attentes des fournisseurs et urgences multiples, l’immédiateté devient la norme.
L’administratif, poids mort de la productivité
Cette exigence permanente se double d’un mal bien plus insidieux : la surcharge administrative. Chaque année, elle revient dans le trio de tête des sources de stress, aux côtés de la charge de travail et du poids des responsabilités. Le diagnostic est clair : les artisans passent trop de temps à gérer des tâches non productives, souvent complexes et chronophages. « Dans nos petites structures, toutes les responsabilités reposent sur une seule personne », rappelle Pascal Rineau, président de la CNATP. Depuis plusieurs années, la part d’activité consacrée aux tâches administratives non productives ne cesse d’augmenter, dans un environnement de plus en plus procédurier. À cela s’ajoutent l’évolution des attentes des clients, de plus en plus pressés, les difficultés de trésorerie, l’incertitude des carnets de commandes et un climat politique instable qui accentue la pression. »
Ce baromètre, basé sur les réponses de 3 029 dirigeants, met aussi en lumière une autre forme de pression : l’incertitude économique. Si 41 % des sondés se disent optimistes pour l’avenir – un léger mieux par rapport à 2023 –, beaucoup expriment leurs craintes face à la fragilité de leur entreprise. La conjoncture politique tendue du début d’année, couplée à une loi de finances instable ont freiné les capacités d’anticipation. Pour beaucoup, la pérennité de leur activité est en jeu.
L’artisan superman, mais à quel prix ?
Et pourtant, dans cet environnement contraint, la passion reste intacte. Près de 70 % des chefs d’entreprise déclarent être totalement épanouis dans leur métier. L’attachement à leur savoir-faire, à leurs équipes, à leur autonomie professionnelle demeure un moteur puissant. Même si l’épuisement guette. Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, alerte : « La charge mentale des chefs d’entreprise est bien réelle, alimentée par l’immédiateté, la complexité administrative et le manque d’accompagnement. Il est urgent d’apporter des réponses concrètes. »
Un frémissement, enfin : les langues commencent à se délier. Les dirigeants osent davantage parler de leurs difficultés, y compris psychiques. C’est un pas, timide mais essentiel. Pourtant, peu franchissent le seuil d’un accompagnement professionnel. Le trop-plein, souvent, c’est le conjoint ou la conjointe qui l’encaisse. Une solidarité de l’ombre, précieuse mais insuffisante.
Ce que révèle ce baromètre, c’est que les artisans aiment profondément leur métier, mais ne veulent plus le payer de leur santé.
Dominique PARRAVANO





















