Les femmes ont toujours été présentes dans le secteur du bâtiment. Mais longtemps dans l’ombre de leur mari, elles ne sont pas reconnues pour leur travail. Au XXe siècle, elles se font entendre au sein de la Capeb pour créer une branche dédiée à leur problématique. De femmes d’artisan à entrepreneuses, chacune est légitime de posséder un statut qui la protège ainsi que de participer à la vie syndicale et politique de l’artisanat.
Dans Le Bâtiment Artisanal de février 1954, le mot « artisane » apparaît déjà. Mais tout commence réellement en octobre 1975 lorsqu’un groupe de femmes d’artisan demande à s’entretenir avec le président Lecœur, durant le congrès annuel. Elles affirment ne plus vouloir être invisibilisées pour le travail fourni dans l’entreprise de leur mari, qui devient finalement celle du couple.
Légitimité et stabilité
De ce désir de reconnaissance naît celui de s’organiser et d’échanger entre femmes. C’est à la Capeb Haute-Savoie, en octobre 1978, qu’est créée la Commission des femmes d’artisan et que leurs premières revendications sont portées : un statut juridique pour les épouses d’artisan, une réforme des régimes matrimoniaux pour aboutir à la cogestion de l’entreprise, ainsi que leur représentation au sein des commissions et groupes d’études.
Les premières actions
Des cours de comptabilité, de gestion et de dactylo sont mis en place par la Confédération pour aider celles qui veulent améliorer leurs compétences et en acquérir de nouvelles. Une fois par mois, ces sept « pionnières » se réunissent pour discuter et penser les circulaires à destination des adhérents et leurs épouses, pour les informer de leurs derniers travaux. Le 30 novembre 1979, la première Commission nationale des femmes d’artisan (CNFA), présidée par Marie Rozet, femme d’artisan peintre à Besançon, a lieu à Paris.

Dans les années 80, les femmes d’artisan souhaitent se former dans leur domaine (gestion, administration…). La mise en place de stages répond à cette ambition et complète plusieurs de leurs objectifs comme la compréhension du terrain sur lequel elles travaillent et les techniques de commercialisation. Ainsi, elles gagnent en confiance et en aisance, assurant également un meilleur contact avec les clients.
Statut et reconnaissance
C’est à partir de la loi de juillet 1982 relative aux conjoints d’artisan que les femmes adoptent enfin un statut juridique. Cela leur permet de faire reconnaître leur travail dans l’entreprise familiale et d’acquérir une couverture sociale. Trois statuts sont proposés : conjoint collaborateur, conjoint salarié ou conjoint associé. En 2007, il devient obligatoire d’en choisir un afin de leur garantir une couverture sociale. Être femme d’artisan devient un vrai métier.
De femme d’artisan à femme à l’artisanat
En 2021, un grand changement a lieu. La Commission nationale des femmes d’artisan devient la Commission nationale des femmes de l’artisanat. En effet, depuis plusieurs années, les femmes du bâtiment ne sont plus uniquement des conjointes de chefs d’entreprise, mais des entrepreneuses elles-mêmes. À cette date, ce sont 54 % d’entre elles qui décrivent leur activité comme mixte, entre celui d’artisane et celui de gestionnaire.
Emma Deroche























