En 1984, c’est une grande victoire syndicale pour les artisans. Au 1er juillet, les artisans disposant de 37,5 annuités ont la possibilité de partir à la retraite à 60 ans en bénéficiant d’un taux plein. Michel Crépeau, ministre de l’Artisanat, surnommé « l’avocat des artisans », annonce cette victoire au 38e Congrès de la Capeb.

Sous la présidence de François Mitterrand, le début des années 1980 connaît d’importants projets de réformes sociales. Alors que les salariés obtiennent leur retraite à taux plein à 60 ans, les non-salariés n’ont pas cette chance. Placés sous le régime de la Caisse autonome nationale de compensation de l’assurance vieillesse artisanale (Cancava), créée en 1948, ces derniers sont contraints de travailler jusqu’à 65 ans. Afin de sensibiliser le Gouvernement à cette injustice, en avril 1983, le président de l’Union professionnelle artisanale (ancienne UPA, actuelle U2P), Paul Letertre, est reçu par le nouveau ministre du Commerce et de l’Artisanat, Michel Crépeau. Les revendications sont claires : faire avancer le dossier relatif à la protection sociale concernant les indemnités journalières et la retraite à 60 ans.
Une égalité qui peine à venir
Cette revendication de l’UPA s’appuie sur la réforme d’alignement de la Sécurité sociale des salariés et non-salariés amorcée depuis 1973. Elle vise à harmoniser le système de cotisation pour que les travailleurs indépendants bénéficient de droits similaires à ceux des salariés. Pourtant, jusqu’en 1983, tandis que les salariés peuvent déjà prétendre à la retraite à 60 ans, la situation des artisans n’a pas évolué.
« Droit à la retraite à 60 ans pour les artisans ? Les pouvoirs publics tergiversent. Mais pour nous, les intéressés, l’injustice a assez duré ! Pourquoi maintenir encore cette différence de traitement avec les salariés, avec nos propres compagnons ? »
PAUL LETERTRE, TROISIÈME PRÉSIDENT DE LA CAPEB
L’heure de la victoire

Les représentants des syndicats de l’artisanat obtiennent gain de cause. La victoire est annoncée par Michel Crépeau au 38e Congrès de la Capeb, en avril 1984. L’UPA a profité de l’occasion pour rappeler que cette réussite est due aux efforts fournis par les artisans du bâtiment et à l’augmentation de leurs charges de cotisations les neuf dernières années. Autre avancée notable, après avoir pris sa retraite, un artisan est libre de reprendre une activité. Toutefois, sa pension est suspendue. Il doit alors s’acquitter d’une contribution de solidarité au régime de santé, une mesure restée en vigueur jusqu’en 1990.
Emma Deroche




















