Fragilisé par la crise immobilière et le durcissement des financements, le secteur du bâtiment concentre en 2025 un nombre record de procédures collectives et d’injonctions de payer. Derrière les chiffres, une réalité : des entreprises jeunes, souvent artisanales, prises dans un étau économique.

En 2025, le bâtiment s’impose comme l’épicentre des défaillances. Le dernier bilan national des greffiers des tribunaux de commerce le confirme : jamais la construction n’avait concentré une part aussi importante de difficultés de paiement et de procédures collectives. Plus d’un dossier sur cinq la concerne, tout comme près d’un quart des injonctions de payer, alors même qu’elle ne représente qu’un peu plus de 10 % du tissu entrepreneurial.

Cette année, la construction devance le commerce en matière d’ouvertures de procédures collectives : 21,4 % des dossiers, contre 21,2 % pour le commerce et 14,5 % pour l’hébergement-restauration. Le décalage est saisissant : pour un poids d’un peu plus de 10 % des entreprises, le secteur concentre 21,5 % des procédures. Une surexposition qui traduit sa dépendance aux conditions de financement et aux soubresauts du marché immobilier. Les sociétés concernées affichent en moyenne 6,7 ans d’existence, soit un an de moins que la moyenne nationale — révélateur de la vulnérabilité des structures les plus récentes.

Dans le détail, certains métiers apparaissent particulièrement fragilisés. La maçonnerie générale et le gros œuvre figurent parmi les activités les plus touchées, au même titre que la construction de maisons individuelles. Les travaux d’installation électrique, la peinture, la vitrerie ou encore le terrassement occupent également le haut du classement. À l’inverse, l’activité des agences immobilières amorce un léger redressement, portée par le regain des transactions dans l’ancien, quand le neuf, notamment l’investissement locatif, traverse une nouvelle zone de turbulence.

Injonctions de payer : la pression monte

La tension se lit aussi dans les contentieux. Sur près de 200 000 ordonnances d’injonction de payer prononcées en 2025, 23,3 % visent la construction — davantage que le commerce ou l’hébergement-restauration. Le secteur pèse également lourd dans les privilèges déclarés par la Sécurité sociale et les régimes complémentaires, avec près d’un cinquième des dossiers. Les montants moyens y dépassent la moyenne nationale et l’âge des entreprises concernées figure parmi les plus faibles, confirmant la pression exercée par les charges sociales sur de nombreuses TPE et PME du BTP.

Le rapport esquisse néanmoins quelques perspectives plus encourageantes. Un frémissement des mises en chantier est observé depuis l’été 2025. Le plan « Relance logement », annoncé en janvier, fixe un cap ambitieux : 400 000 logements construits par an dès 2026, contre moins de 280 000 en 2025, et 2 millions d’ici 2030. Reste à transformer ces annonces en carnets de commandes. D’ici là, artisans, entrepreneurs et négoces doivent composer avec un environnement financier contraint, où la maîtrise des délais de paiement et des charges demeure un exercice d’équilibriste.

Dominique PARRAVANO