Ravagée par une tornade en 2021, l’église de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, nichée au cœur du vignoble, se relève pierre après pierre — ou plutôt, plâtre après plâtre. Sous les mains expertes des artisans, les voûtes renaissent à l’identique, comme sculptées dans la pierre. Derrière cette illusion parfaite, un savoir-faire rare : celui de plâtriers capables de faire parler la matière et de rendre à l’édifice son éclat d’origine. Une véritable résurrection.

Le 21 juin 2021, le ciel se déchire au-dessus de Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Une tornade frappe de plein fouet ce village viticole d’un peu plus de 1 100 âmes, semant le chaos en quelques minutes. Bilan : 19 millions d’euros de dégâts. Au cœur du désastre, l’église, fierté locale et emblème du vin rouge qui porte son nom, n’est plus qu’une carcasse blessée. Le clocher, coiffé de pierre, s’effondre dans la nef. La toiture a volé en éclats, les voûtes se sont affaissées. Le bâtiment sacré vacille, mutilé. Pour espérer renaître, il faudra mobiliser plus de deux millions d’euros et un savoir-faire d’exception.

Quand l’expertise redonne vie au patrimoine

Si la Touraine était autrefois une terre de plâtriers, les temps ont bien changé, la commune ayant eu toutes les peines à trouver des artisans plâtriers. Fort de son expérience, Jean-Marcel Gioffredo, artisan plâtrier et ornemaniste (voir son portrait dans Le Bâtiment Artisanal no 751 de juin 2024, p. 34-35) avait répondu présent. Si l’adhérent de la Capeb Var avait l’habitude de répondre à des appels d’offres sur l’ensemble du territoire, il a utilisé le réseau de la Capeb pour constituer une équipe lui permettant de respecter les délais de restauration. S’agissant de l’église de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, il s’est appuyé sur les compétences de ses confrères plâtriers, Pascal Gambin, adhérent de la Capeb Hautes-Pyrénées, et Jean-Yves Labat, adhérent de la Capeb Landes (voir l’un de ses chantiers dans Le Bâtiment Artisanal no 755 de novembre 2024, p. 38-39). Au total, c’est une équipe de six personnes qui a redonné son lustre à l’édifice en reconstituant ses voûtes.

Un ouvrage en plâtre imitant la pierre naturelle

Toutes les voûtes et les croisées d’ogives ont été reconstituées à l’identique. Les voûtes d’ogives ont ainsi été réalisées avec de la brique plâtrière (dim. L x H x E en cm : 40 x 25 x 5) hourdées au plâtre traditionnel. Les briques ont ensuite été enduites de plâtre de Lutèce en respectant une épaisseur d’environ 1 cm. L’équipe, qui a utilisé un plâtre au temps ouvert court, a utilisé une mirette pour creuser le plâtre dans le frais en vue de reconstituer les joints et imiter la pierre comme sur les voûtes d’origine. Quant aux ogives, celles-ci ont été habillées d’éléments d’ornements moulés directement sur le chantier et collés au plâtre sur les briques plâtrières de structures des ogives croisées. Les joints composés de chaux et de sable local ont été appliqués pour une imitation parfaite de la pierre. Le résultat final offrant un aspect trop blanchâtre pour imiter la pierre naturelle, Jean-Marcel Gioffredo a fait venir des artisanes peintres italiennes qui œuvrent principalement dans des églises. Ces artistes ont ainsi appliqué une eau-forte sur les voûtes reconstituées qui, grâce à cette patine, ont homogénéisé les parties neuves des voûtes d’origine datant de 1870 (auparavant, le plafond de l’église était plat).

Thomas Peixoto