Face aux crises géopolitiques et à la flambée des coûts, les industriels français des peintures, encres, colles, adhésifs et résines doivent revoir leur stratégie pour s’adapter. La Fédération des Industries des Peintures, Colles, Encres, Couleurs pour l’Art et Résines (Fipec) a présenté les résultats économiques et sociaux de sa filière pour 2025, tout en esquissant les perspectives pour 2026.

La Fipec regroupe près de 150 entreprises, représentant 95 % des acteurs du secteur en France et employant 20 000 salariés. Son chiffre d’affaires total s’établit à 4,93 milliards d’euros, en baisse de 2,4 % par rapport à 2024.

Pour le marché du bâtiment, les produits tels que peintures, lasures, enduits et vernis continuent de souffrir : le chiffre d’affaires recule de 2,5 % en valeur, tandis que les volumes restent stables, soutenus par le redémarrage de la production de logements neufs (+11,2 %) et des transactions immobilières (+11 %). Le marché des ventes grand public reflète des arbitrages sur les gammes de produits : +3,1 % en volume mais -0,9 % en valeur.

Les colles, mastics et adhésifs, impactés par la baisse de la rénovation et des travaux d’isolation thermique par l’extérieur (ITE), enregistrent un recul de 3,3 % en valeur et de 2 % en volume. Les encres d’imprimerie restent en repli (-1,8 % en valeur), toujours affectées par la chute des médias papier et la Loi « Oui Pub ». Les couleurs pour l’art et les loisirs créatifs poursuivent leur recul, à -3,6 % en valeur et -1,6 % en volume. Quant aux résines, elles affichent une légère hausse en volume (+2,4 %) malgré un recul en valeur (-2,3 %).

Pression géopolitique et coûts de production

Les tensions au Moyen-Orient, notamment le blocage du détroit d’Ormuz, allongent les délais de livraison et renchérissent les coûts de transport. Les intrants pétrosourcés, solvants et liants, ainsi que certaines charges liées à la production énergivore, continuent d’augmenter, exerçant une pression supplémentaire sur les entreprises.

« La filière doit recréer le dialogue pour amortir les impacts d’un choc brutal », souligne Philippe Gruat, président de l’AIMCC. Jacques Menicucci, président de la Fipec, rappelle : « Notre industrie résiste malgré la stagnation des marchés. Mais la situation géopolitique actuelle pourrait avoir des effets nettement plus marqués sur nos industriels. »

Une filière clé 

Avec 8,5 % des effectifs salariés de la chimie en France, majoritairement en CDI, le secteur joue un rôle stratégique pour la souveraineté industrielle et la disponibilité de produits essentiels dans le bâtiment. Les entreprises continuent d’investir en R&D et innovation, mais les contraintes réglementaires européennes ralentissent le développement de nouvelles formulations. « L’interdiction d’une substance oblige à mobiliser un ETP pendant un an pour redéfinir la formule, un vrai handicap face à la concurrence extra-européenne », alerte Guillaume Fremaux, président du Sipev.

Alors que le PIB français reste faible (1 % prévu pour 2026), la filière peinture, colles et résines doit conjuguer adaptation aux crises, maîtrise des coûts et innovation pour soutenir le marché du bâtiment et rester compétitive.

Dominique PARRAVANO