Réunis autour d’une déclaration commune signée à l’Élysée le 26 mai dernier, les acteurs de la filière électrique entendent accélérer la « deuxième grande électrification de la France ». Industriels, distributeurs, gestionnaires de réseaux, entreprises artisanales et installateurs affichent un front commun pour répondre au défi de la décarbonation, de la souveraineté énergétique et du pouvoir d’achat.

Macron a remis le jus le 26 mai dernier. Visiblement décidé à reprendre la main sur le récit énergétique français, Emmanuel Macron recevait à l’Élysée ce qu’il appelle désormais « l’équipe de France de l’électrification » : énergéticiens, industriels de l’automobile, distributeurs, acteurs de la rénovation énergétique et représentants des PME et TPE du bâtiment dont la Capeb.

Une séquence qui rappelait par instants le ton offensif du discours de Belfort, en février 2022, lorsque le chef de l’État avait annoncé en grande pompe la relance du nucléaire français. Cette fois, le Président voulait afficher une ambition plus large : accélérer l’électrification des usages pour sortir progressivement des énergies fossiles.

Le contexte, pourtant, avait tout d’un terrain miné. La flambée des prix du carburant et du gaz continue de peser lourdement sur les ménages et les automobilistes. Depuis le déclenchement de la crise énergétique, le litre de diesel a bondi d’environ 50 centimes et celui de l’essence de près de 30 centimes.

Beaucoup attendaient donc des annonces immédiates sur le pouvoir d’achat. Mais Emmanuel Macron a préféré se projeter « plus loin », évoquant « une ligne d’horizon claire au-delà du quotidien de la crise énergétique ». À défaut de nouvelles aides massives, le chef de l’État a surtout plaidé pour une accélération de l’électrification des transports, du chauffage et des usages domestiques.

Le contraste n’a pas échappé aux observateurs : claironner « électrifions la France ! » sous les dorures de l’Élysée alors que les Français voient les prix à la pompe exploser relève d’un exercice d’équilibriste politique.

Union sacrée de la filière

Le pacte signé à l’Élysée vise à afficher un front commun. Producteurs d’énergie, industriels, gestionnaires de réseaux, distributeurs professionnels et artisans du bâtiment assurent vouloir accélérer ensemble la transition énergétique.

Le message est clair : l’électrification n’est plus seulement une question écologique. Elle devient un enjeu de souveraineté, de compétitivité industrielle et de sécurité énergétique.

La filière promet ainsi de renforcer ses capacités de production pour répondre à l’explosion attendue des besoins. Pompes à chaleur, bornes de recharge, gestionnaires d’énergie, radiateurs électriques ou équipements de réseau : tout doit monter en puissance.

La France passe au courant fort

Dans un contexte géopolitique tendu, les signataires défendent une stratégie industrielle fondée sur la fabrication française et européenne. Une manière de réduire les dépendances étrangères tout en soutenant l’emploi.

Mais derrière les ambitions industrielles se cache un défi colossal : trouver les bras pour réaliser cette révolution électrique.

Le pacte insiste sur la nécessité d’attirer des jeunes et des salariés en reconversion vers les métiers techniques. Les artisans et installateurs apparaissent comme les soldats de première ligne de cette transformation.

Avec leurs réseaux de proximité et leur présence dans les territoires, les PME du bâtiment deviennent un maillon essentiel pour massifier la rénovation énergétique et équiper logements, entreprises et collectivités.

Sécuriser la transition

Les acteurs de la filière promettent également de lutter contre les fraudes et les installations non conformes, alors que le marché de la rénovation énergétique reste fragilisé par de nombreuses dérives. L’objectif affiché est d’installer une électrification « durable, compétitive et sécurisée ». Derrière cette séquence soigneusement mise en scène, Emmanuel Macron cherche avant tout à imposer un cap à la transition énergétique française : réduire la dépendance aux énergies fossiles, relancer l’appareil industriel et faire de l’électricité le moteur du prochain cycle économique. Dans cette stratégie, les entreprises artisanales occupent une place centrale. Installation des équipements, rénovation des logements, maintenance, accompagnement des particuliers : grâce à leur savoir-faire et à leur présence dans les territoires, elles incarnent concrètement l’électrification des usages au quotidien.

Dominique PARRAVANO