Fatigue chronique, détresse psychologique, perte de visibilité économique : le baromètre ARTIsanté 2025 de la Capeb et de l’IRIS-ST révèle une dégradation sans précédent des conditions de vie des artisans du bâtiment. Après dix trimestres consécutifs de recul de l’activité, les chefs d’entreprise artisanale disent leur inquiétude face à une crise qui s’enlise et menace désormais leur équilibre personnel autant que la pérennité de leurs entreprises.
Le constat dressé par cette 12e édition du baromètre ARTIsanté est sans appel : les artisans du bâtiment peinent de plus en plus à se projeter dans l’avenir. Seuls 38 % des chefs d’entreprise se disent optimistes pour leur activité, en recul de trois points par rapport à 2024, tandis qu’un tiers affiche désormais son pessimisme.
La motivation et la confiance chutent également fortement. À peine 16 % des répondants se déclarent motivés ou confiants, contre plus de 20 % l’année précédente. Dans ce contexte, 43 % des artisans affirment avoir traversé des difficultés psychiques au cours de l’année 2025.
Une fatigue devenue structurelle
L’étude met en lumière une fatigue profonde qui s’installe durablement dans le quotidien des entreprises artisanales. Plus d’un dirigeant sur deux se dit aujourd’hui très ou assez fatigué.
Charge de travail excessive, pression administrative et impossibilité de déconnecter alimentent cet épuisement. Près d’un artisan sur deux travaille régulièrement le week-end et 63 % continuent de consulter leurs mails pendant leurs congés. Résultat : 77 % estiment que leur vie professionnelle empiète sur leur vie privée.
Le stress lié aux responsabilités et au manque de visibilité économique aggrave encore la situation. Pour 87 % des répondants, leur activité est mentalement exigeante.
Le sommeil, nouvelle victime de la crise
Le baromètre révèle également des troubles du sommeil massifs chez les artisans du bâtiment. Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes ou réveils précoces touchent une large majorité des chefs d’entreprise.
Ces indicateurs traduisent un engagement toujours plus important dans le travail, souvent au détriment du repos et de l’équilibre personnel.
Une passion du métier qui résiste
Malgré les difficultés, l’attachement au métier demeure puissant. Deux tiers des artisans se disent encore pleinement épanouis dans leur activité et plus d’un sur deux dans leur rôle de chef d’entreprise. Une résilience forte, mais qui atteint aujourd’hui ses limites face à l’accumulation des contraintes économiques, administratives et psychologiques.
Pour la Capeb, ce baromètre constitue un véritable signal d’alerte pour l’ensemble de la filière artisanale. L’organisation professionnelle appelle à des réponses rapides du Gouvernement afin d’apporter davantage de visibilité, de simplification et de soutien aux entreprises.
En parallèle, la Capeb et l’IRIS-ST travaillent à la mise en place d’outils d’accompagnement dédiés à la santé mentale des artisans, avec des actions de sensibilisation et des échanges avec des spécialistes. Lors des prochaines Rencontres des Métiers du Bâtiment, organisées à Marseille du 24 au 26 juin, un temps spécifique sera notamment consacré aux troubles du sommeil, devenus l’un des symptômes les plus préoccupants de cette crise durable.
Dominique Parravano























