De 1946 à 1978, Marcel Lecœur forge les prémices et les valeurs syndicales de la Capeb. Fortement engagé pour les droits des artisans, son militantisme rassemble toutes les voix de l’artisanat du bâtiment français, à Paris. Le portrait du premier président de la Confédération est aussi celui de tous les syndiqués qui en sont à l’origine.  

Alors que des responsables nationaux de différents syndicats se réunissent sous une seule et même structure, un militant se fait remarquer pour la qualité de ses interventions. Marcel Lecœur, serrurier à Orly (Val de Marne), est ainsi désigné pour prendre la tête de la Fédération nationale unifiée des maîtres artisans du bâtiment (FNUMAB) le 26 octobre 1946. Le premier président est convaincu que le syndicat peut avoir un impact politique sur les Pouvoirs publics. Connu pour son caractère et son franc-parler, rien ne le décourage lorsqu’il défend une idée. Lors de ses premiers discours dans des salles modestes, mal chauffées et un public peu nombreux, sa volonté « d’agir ensemble » a de l’effet sur ceux qui l’écoutent. De même, il entretient un rapport horizontal avec tous les syndiqués qui l’entourent. Et il ne se défait jamais de son propre statut d’artisan. Pour interpeller les politiques, il compte sur la mobilisation de tous.

Politisation de l’artisanat du bâtiment

Le dirigeant de la Confédération met en place de nouvelles structures. Il est conscient de la nécessité pour les artisans d’être bien informés des problèmes économiques, sociaux et professionnels. En effet, à mesure que les adhésions se multiplient, des antennes Capeb sont créées dans tous les départements de France, dans les années soixante. Des circulaires et des consignes d’actions sont réalisées par le syndicat puis envoyées dans ses différentes branches départementales. Marcel Lecœur participe lui-même à l’élaboration de ces documents. Avec ses actions efficaces et son implication de tous les instants, le syndicat arrive à croître son audience auprès des services publics. En 1967, les représentants des artisans sont reçus à l’Élysée pour la première fois. Au cours de cet entretien avec Jacques Chirac, alors secrétaire d’État en charge de l’emploi, le président de la Capeb place le travail au noir au cœur de leurs échanges.

Implication et reconnaissance
Marcel Lecoeur se fait remettre la Légion d’honneur, Jacques Maziol au milieu

Durant ses années d’activité, Marcel Lecœur multiplie les déplacements dans toutes les régions françaises. À partir de 1951, il fait partie du Conseil économique et social. La reconnaissance envers son travail est notamment récompensée par le Gouvernement qui le promeut, le 14 juillet 1965, au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Lors du 30anniversaire de la Capeb, il tient un discours à l’image de ses valeurs :

« Les résultats incontestables de l’action de la Capeb vous permettront de mesurer combien il est indispensable que notre mouvement syndical continue à puiser sa force dans l’indépendance, mais aussi dans l’union, sans raille, de nos métiers du bâtiment et des hommes qui les pratiquent. »

Après avoir légué la présidence de la Capeb à Paul Martel en 1978, il succombe à la maladie l’année suivante, à 80 ans.

Emma Deroche