L’Association des industries de produits de construction, qui fédère 36 organisations professionnelles de fabricants de matériaux, composants, équipements et systèmes du bâtiment, dresse un constat sans détour : en 2025, l’activité industrielle a continué de reculer. Son enquête annuelle d’opinion, présentée le 28 janvier, révèle une filière fragilisée, prudente pour 2026, mais toujours mobilisée face aux défis économiques, écologiques et industriels.

Réalisée en décembre 2025 auprès des présidents des organisations professionnelles membres de l’AIMCC, l’enquête a recueilli les réponses de 21 structures sur 36, soit un taux de participation de 58 %. Les répondants se répartissent entre le gros œuvre (42 %), le second œuvre (48 %) et les équipements (10 %), offrant un panorama fidèle de l’industrie des produits de construction.

2025 : une activité en repli généralisé

Les résultats sont sans appel : aucun secteur ne déclare une activité en hausse en 2025. Près des trois quarts des industriels interrogés font état d’une activité stable ou en baisse par rapport à 2024. Fait marquant : les baisses de volumes s’accompagnent désormais de baisses en valeur, rompant avec la tendance observée l’année précédente.

Côté chiffre d’affaires, un tiers des répondants parvient à stabiliser ses revenus. Les autres enregistrent des reculs parfois significatifs : 29 % affichent une baisse comprise entre -1 % et -5 %, 24 % entre -5 % et -10 % et 14 % entre -15 % et -20 %.

Dans le gros œuvre, les baisses de chiffre d’affaires se répartissent sur l’ensemble des fourchettes, avec près d’un quart des répondants confrontés à un repli sévère, compris entre -15 % et -20 %.

Le second œuvre résiste légèrement mieux : 40 % des industriels déclarent une stagnation de leur chiffre d’affaires, même si 10 % subissent des baisses supérieures à 15 %.

Du côté des équipementiers, les reculs se concentrent principalement dans les fourchettes -1 % à -5 % et -5 % à -10 %.

Les causes identifiées sont largement partagées : pour 60 % des répondants, l’instabilité politique et institutionnelle, conjuguée aux contraintes réglementaires, pèse lourdement sur l’activité, tout comme une demande jugée insuffisante.

Emploi : une résistance sous tension

Malgré la contraction de l’activité, plus de 70 % des industriels ont maintenu leurs effectifs en 2025. Aucun ne signale de progression des recrutements.

Le second œuvre se distingue par une forte stabilité sociale, avec plus de 80 % des entreprises conservant leurs effectifs. Le gros œuvre affiche une situation plus contrastée : près de 60 % maintiennent l’emploi, les autres procédant à des réductions. Les équipementiers, quant à eux, ont globalement stabilisé leurs équipes.

2026 : entre prudence et espoirs mesurés

Les perspectives pour 2026 traduisent une prudence généralisée. Un tiers des industriels anticipe une reprise modérée, tandis que la moitié s’attend à une stagnation ou à une légère baisse de l’activité. Pour 16 %, le recul pourrait atteindre entre -5 % et -15 %.

Dans le gros œuvre, plus de 40 % des répondants entrevoient un retour à une dynamique positive, même modeste, mais la majorité reste pessimiste. Le second œuvre table majoritairement sur une stabilité de l’activité (60 %), avec seulement 10 % anticipant une hausse. Les équipementiers se partagent entre une légère progression et une baisse comprise entre -5 % et -10 %.

Des freins persistants et des recrutements sous surveillance

La demande insuffisante demeure le principal frein identifié pour 2026. S’y ajoutent les contraintes budgétaires et l’impact des échéances électorales.

En matière d’emploi, près des deux tiers des industriels prévoient de maintenir leurs effectifs. Toutefois, 30 % envisagent des réductions, et seuls 4 % anticipent une progression. Le gros œuvre et le second œuvre pourraient être les plus exposés à ces ajustements.

Économie circulaire : des leviers clairement identifiés

Pour développer l’économie circulaire, les industriels citent en priorité le recyclage et les économies de ressources, suivis par la valorisation des déchets et le réemploi. Autant de leviers jugés indispensables pour concilier performance industrielle et sobriété environnementale.

Les combats de l’AIMCC : stabilité, ambition et cohérence

Dans un contexte de baisse d’activité et de profondes mutations, l’AIMCC entend rester pleinement mobilisée aux côtés des industriels. L’association poursuit son travail avec les pouvoirs publics et les acteurs de la filière pour accompagner les transitions écologique et industrielle, tout en appelant à un retour indispensable de la stabilité politique, condition de la confiance et de la relance.

Elle réaffirme quatre priorités structurantes :

  • Loger : faire du logement une priorité nationale, en quantité comme en qualité.

  • Rénover : accélérer la rénovation, levier majeur de décarbonation et d’activité locale.

  • Décarboner : maintenir une ambition industrielle forte pour atteindre les objectifs climatiques.

  • Développer l’économie circulaire : recycler, réemployer et éco-concevoir pour préserver les ressources.

Dominique Parravano