En Gironde, dans les Landes et dans le Var, l’été 2026 aura laissé une trace bien au-delà des forêts brûlées. Pour les entreprises artisanales du bâtiment, les incendies ont signifié des chantiers arrêtés, des ateliers évacués, du matériel menacé, des salariés déplacés et, parfois, la destruction de l’outil de travail. Derrière les images spectaculaires des flammes, c’est une économie de proximité qui a vacillé.

Il y a les images que tout le monde a vues : les colonnes de fumée, les routes coupées, les maisons évacuées, les camions de pompiers qui remontent les départementales dans un ciel orange. Et puis il y a celles que l’on voit moins.

Un fourgon qui reste garé parce que le chantier est dans une zone évacuée. Un atelier que l’on ne peut plus rejoindre. Des matériaux qu’il faut mettre à l’abri dans l’urgence. Un carnet de commandes qui s’arrête net. Des salariés qu’il faut rappeler, rassurer, reloger parfois. Un chef d’entreprise qui, en quelques heures, ne sait plus s’il pourra reprendre son activité le lendemain. Pour les artisans du bâtiment, les incendies de l’été 2026 n’ont pas seulement brûlé des hectares. Ils ont aussi désorganisé des entreprises.

Quand le chantier devient impossible

En Gironde, dans les Landes et dans le Var, les incendies ont fortement perturbé l’activité de nombreuses entreprises artisanales du bâtiment. Certaines ont dû interrompre temporairement leur activité ; d’autres ont été directement confrontées aux dégâts causés par les flammes. La Capeb a rapidement alerté sur cette situation et recensé les dispositifs de soutien mobilisables.  Pour une grande entreprise, interrompre un chantier est déjà une difficulté. Pour une TPE artisanale, le choc peut être beaucoup plus brutal.

Une entreprise de quelques salariés fonctionne avec des équilibres serrés : un chantier, un véhicule, un atelier, du matériel, des commandes et une trésorerie qui doit suivre. Lorsque le territoire se retrouve paralysé par un incendie, tout l’écosystème peut s’arrêter en même temps. Le problème n’est d’ailleurs pas seulement de travailler. Il faut pouvoir accéder aux locaux, récupérer les véhicules, sécuriser les équipements, prévenir les clients, reporter les interventions, gérer les assurances et continuer, malgré tout, à faire tourner l’entreprise.

Le feu ne s’arrête pas à la clôture du chantier

Un incendie peut détruire directement un bâtiment ou un stock. Mais ses conséquences économiques commencent souvent bien avant. Un chantier inaccessible pendant plusieurs jours, c’est un chantier retardé. Un client qui ne peut plus être livré, c’est une facture qui ne part pas. Un véhicule immobilisé, c’est une équipe qui ne peut plus se déplacer.

Et lorsque l’entreprise elle-même est touchée, la question devient encore plus lourde : comment reprendre lorsque l’outil de travail a été endommagé ou détruit ?

La Capeb a publié des recommandations pour permettre aux professionnels de déclarer correctement leurs sinistres auprès de leurs assurances. Autrement dit, après le feu commence une autre course : celle des démarches.

Un réseau mobilisé

Photos des dégâts, déclaration du sinistre, échanges avec l’assureur, justificatifs, inventaire du matériel, pertes d’exploitation… Dans l’urgence, le chef d’entreprise doit devenir à la fois artisan, gestionnaire et expert de son propre sinistre. Pour les entreprises touchées, chaque heure passée à reconstituer ce qui a été perdu est aussi une heure qui n’est pas consacrée au redémarrage de l’activité. C’est pourquoi la Capeb a mobilisé son réseau dans les territoires concernés. En Gironde, elle a proposé à ses adhérents un accompagnement sur les questions d’activité partielle, d’aides financières, d’assurance ou encore d’échéances fiscales et sociales. Elle a également relayé les besoins opérationnels des secours, notamment pour les entreprises disposant d’engins et de chauffeurs susceptibles d’apporter leur concours.

Les artisans ne sont pas seulement des victimes : ils sont aussi des acteurs du territoire

C’est peut-être l’une des histoires les moins visibles de cet été. Dans les territoires frappés par les incendies, les artisans du bâtiment connaissent les routes, les exploitations, les quartiers, les bâtiments isolés. Ils disposent de véhicules, d’engins, de compétences et d’une connaissance très concrète du terrain. En Gironde, la Capeb a ainsi appelé les entreprises disposant d’engins de chantier et de chauffeurs qualifiés à se faire connaître auprès du centre opérationnel départemental d’incendie et de secours afin de pouvoir être mobilisées en soutien aux opérations. L’artisan qui, la veille encore, travaillait sur un toit ou dans un atelier peut se retrouver, le lendemain, à mettre son matériel au service de la collectivité. C’est aussi cela, l’économie artisanale : une activité économique, mais également un réseau humain profondément ancré dans les territoires.

Face à l’ampleur des dégâts, plusieurs dispositifs ont été activés.

PRO BTP a notamment annoncé des mesures exceptionnelles pour les entreprises, artisans, salariés et retraités du BTP touchés par les incendies : annulation d’un mois de cotisations pour les entreprises situées dans les zones sinistrées ou évacuées, suppression des pénalités et majorations de retard et accompagnement individualisé.  Le réseau CIBTP a également déclenché des mesures exceptionnelles dans les territoires concernés.  L’État a, de son côté, prévu des mesures exceptionnelles pour les sinistrés de Gironde, des Landes et du Var, notamment concernant le relogement et la déclaration des sinistres. Ces mesures ne répareront évidemment pas ce qui a brûlé. Mais elles peuvent permettre à certaines entreprises de gagner le temps nécessaire pour ne pas disparaître avec leur outil de travail.

Et maintenant, reconstruire

C’est là que l’histoire des artisans du bâtiment rejoint celle des territoires sinistrés. Car après l’urgence viendra le temps de la reconstruction. Toitures, menuiseries, installations électriques, plomberie, façades, clôtures, aménagements extérieurs… Les besoins seront nombreux. Les entreprises artisanales seront en première ligne pour remettre en état les bâtiments et permettre aux habitants et aux professionnels de retrouver progressivement une vie normale. Mais il faudra aussi reconstruire autrement. Les incendies de cet été posent une question plus large : comment adapter les bâtiments et les entreprises à des épisodes climatiques plus fréquents et plus intenses ? Le sujet dépasse désormais la seule prévention des feux de forêt. Il concerne l’organisation des chantiers, la protection des salariés, la résistance des bâtiments, la gestion des matériaux, la sécurisation des zones d’activité et la continuité des entreprises.

Un été qui restera dans les mémoires

Pour les artisans, cet été aura aussi été celui où l’on a découvert à quel point une entreprise peut être vulnérable lorsque tout son territoire s’arrête. Mais il aura montré autre chose : dans l’épreuve, les réseaux professionnels savent se mobiliser. Les entreprises peuvent s’entraider. Les artisans peuvent mettre leurs compétences et leurs moyens au service des secours. Et, lorsque les flammes seront définitivement éteintes, ce sont encore eux qui seront là, casque sur la tête et outils en main, pour réparer, reconstruire et remettre les territoires debout.

Dominique Parravano