Certains mandats honorent, d’autres obligent plus que jamais. Celui que les artisans du bâtiment viennent de me confier pour un troisième mandat à la tête de la Capeb relève clairement de la responsabilité, dans un monde chaque jour plus contraint.
Notre 80e Assemblée générale s’est tenue dans un contexte international sous tension. Les soubresauts géopolitiques rappellent une réalité simple : le coût de l’énergie conditionne nos équilibres économiques. Pour les artisans, la hausse des carburants n’est jamais théorique. Elle frappe immédiatement l’activité.
L’aide annoncée sur le gazole non routier va dans le bon sens, mais reste insuffisante. Car une réalité s’installe : dans des marchés à prix fermes, les entreprises ne peuvent plus absorber les hausses. Travailler peut désormais coûter de l’argent.
Cette fragilité intervient au moment même où le bâtiment est en première ligne d’une transformation majeure. Sortie du gaz dans le neuf, aides recentrées sur l’électrique, rénovation conditionnée à l’abandon des énergies fossiles : l’État redessine en profondeur notre cadre d’action, dans un calendrier serré. Oui, la transition énergétique est nécessaire. Mais elle doit être réaliste.
La Capeb défend depuis un an un parcours de rénovation progressive, conciliant exigences environnementales et soutenabilité économique.
Cela passe par un principe simple : remettre l’isolation au cœur des politiques. C’est elle qui réduit réellement les consommations. À l’inverse, certaines orientations de MaPrimeRénov’, comme l’exclusion du gaz sans approche globale, interrogent.
La transition ne peut être brutale. Améliorer l’existant, recourir à des solutions hybrides, traiter d’abord l’enveloppe du bâtiment : c’est souvent plus efficace que des remplacements immédiats et uniformes.
Dans ce contexte, la Capeb se félicite que le Gouvernement envisage un assouplissement du calendrier d’interdiction de location des logements classés F et G. Un projet de loi attendu en juin pourrait accorder un délai supplémentaire aux propriétaires, sous condition d’engagement de travaux. Une mesure que nous portons de longue date, car elle va dans le sens d’une transition progressive, réaliste et économiquement soutenable.
Cette logique suppose aussi de s’appuyer sur les artisans. Spécialisés, complémentaires, ils doivent pouvoir travailler ensemble dans la durée, avec un cadre adapté, sans être évincés au profit de seuls grands groupes.
La priorité est claire : stabiliser, relancer et redonner de la visibilité
Car la réalité est là : le secteur est fragilisé. Activité en recul, trésoreries sous tension, défaillances en hausse. L’artisanat absorbe l’essentiel du choc. La priorité est aujourd’hui claire : stabiliser, relancer, redonner de la visibilité.
Nous avons porté cette exigence auprès des pouvoirs publics : TVA à 5,5 % sur la rénovation, simplification du RGE, transparence sur les prix des matériaux. Des avancées existent, mais elles doivent s’amplifier.
Avec près de cinq millions de passoires thermiques, la transition ne se fera pas sans les artisans. Et elle ne se fera pas contre eux.
Depuis 80 ans, la Capeb défend une conviction : l’artisanat du bâtiment est un pilier de nos territoires. Le mandat qui s’ouvre sera exigeant. Mais une ligne demeure : pas de transition réussie sans entreprises solides.
C’est ce cap que je continuerai de tenir.
JEAN-CHRISTOPHE REPON
Président de la Capeb


























