Lors d’une conférence de presse, le président de la Capeb a présenté la note de conjoncture du 4ᵉ trimestre : moins de casse en fin d’année, mais toujours pas de relance. En 2025, l’artisanat du bâtiment termine dans le rouge, contraint de gérer l’urgence plutôt que de préparer l’avenir, pris entre un neuf fragile et une rénovation au point mort. Un secteur encore sous respiration artificielle et en attente d’un cap politique clair.

L’hémorragie ralentit, mais le pouls reste fragile. Le choc est moins brutal, la chute moins vertigineuse, sans pour autant ouvrir la voie à une reprise franche. Au 4ᵉ trimestre 2025, l’artisanat du bâtiment reste sous pression. La note de conjoncture de la Capeb décrit un secteur en apnée prolongée, suspendu à des signaux économiques encore trop faibles et à une visibilité politique inexistante.
Une fin d’année toujours dans le rouge
Après un troisième trimestre encore très dégradé, le volume d’activité des entreprises artisanales du bâtiment recule de 2 % en glissement annuel au 4ᵉ trimestre, contre -3,5 % au trimestre précédent. Sur l’ensemble de l’année, l’activité termine en baisse de 3,8 % par rapport à 2024.
Cette inflexion tient surtout à la construction neuve, dont le recul annuel reste marqué (-7 %), mais qui ralentit trimestre après trimestre. Au 4ᵉ trimestre, le recul n’est plus que de 3 %, porté par la hausse des autorisations de construire (+13,5 % sur un an), notamment pour le collectif (+10,2 %). Les mises en chantier progressent plus modestement (+4,8 %), avec une forte accélération des logements en résidence. Les niveaux restent toutefois nettement en dessous de la moyenne de long terme.
À l’inverse, l’entretien-amélioration ne redresse pas la tête : -1,5 % au 4ᵉ trimestre, soit -1,6 % sur l’année, tandis que les travaux de performance énergétique suivent le même mouvement (-1,5 %). Malgré la reprise des ventes de logements anciens (+11 % sur un an), l’instabilité des aides et l’absence de budget freinent les décisions de travaux.
« La prise de conscience du Gouvernement sur la gravité de la crise du logement neuf commence enfin à produire des effets. Les premiers signaux sont encourageants, mais nous attendons beaucoup du ministre du Logement. Jusqu’à présent, la politique du gouvernement semblait résumer la question à un “on verra quand on aura le temps”, laissant les artisans en attente. C’est pour cela que nous nous sommes mobilisés le 17 décembre. Aujourd’hui, l’enjeu est ailleurs : la rénovation énergétique et l’entretien-rénovation, secteurs où la Capeb a été moteur, doivent retenir toute l’attention des pouvoirs publics. Ces marchés sont essentiels et représentent deux tiers du chiffre d’affaires des entreprises artisanales. Le Gouvernement doit transformer cette prise de conscience en décisions concrètes et durables et signaux forts » a expliqué Jean-Christophe Repon, le président de la Capeb.
Ménages prudents, inflation contenue
Le taux d’épargne des ménages amorce un léger recul au 3ᵉ trimestre 2025, mais reste très élevé (18,4 %). L’inflation est désormais contenue, avec +0,8 % sur un an en décembre 2025 (+0,7 % hors tabac) selon l’INSEE. En clair : les ménages disposent de moyens, mais n’osent pas investir.
Crédit immobilier : une lueur d’espoir
Le financement des travaux montre quelques signes positifs. La Banque centrale européenne maintient ses taux inchangés depuis juin 2025 (taux principal à 2 %), tandis que le taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat reste stable à 3,1 % en novembre. La production mensuelle de crédits à l’habitat progresse de 35 % sur janvier-novembre 2025 par rapport à 2024, mais cela reste insuffisant pour relancer fortement l’activité artisanale, surtout dans la rénovation.
Carnets de commandes : mieux, mais fragile
Les carnets de commandes atteignent 77 jours de travail en moyenne, soit six jours de plus sur un an, mais cette amélioration cache des situations contrastées. Les soldes d’opinion demeurent largement négatifs, bien que pour la première fois depuis la crise sanitaire, la construction neuve affiche des perspectives moins dégradées que l’entretien-amélioration. Les besoins de trésorerie, eux, restent élevés (28 000 euros en moyenne par entreprise), et le solde d’opinion demeure dégradé (-15 points). Côté défaillances, le secteur n’est pas épargné : malgré une hausse des créations d’entreprises (+4,6 %), les défaillances augmentent également (+1,8 %), révélant une fragilité structurelle persistante et limitant toute projection de croissance.
Emploi : la facture sociale continue
L’emploi salarié recule toujours : -2,5 % sur un an, soit près de 21 000 postes détruits dans les entreprises de moins de 20 salariés, et près de 45 000 sur deux ans. Certains signaux sont toutefois plus nuancés : la part d’entreprises cherchant à recruter progresse, et l’écart entre intentions d’embauche et réductions d’effectifs se resserre pour début 2026.
Disparités régionales et sectorielles
Toutes les régions enregistrent un recul annuel, jusqu’à -4 % dans le Grand Est. Seule la PACA-Corse se stabilise. Tous les corps de métier sont touchés : la maçonnerie (-1,5 %) et l’électricité (-2 %) voient le recul s’atténuer, alors que le secteur de la couverture-plomberie-chauffage reste à -2,5 % et celui de la menuiserie-serrurerie reste le plus touché (-3 %).
2026 : une reprise suspendue
Le président de la Capeb alerte : la reprise est à portée de main, mais sans stabilité politique et dispositifs clairs en vue d’une vraie politique du logement, la confiance ne reviendra pas. En 2026, le secteur risque de se contenter de survivre plutôt que de rebondir. « Une croissance potentielle de +0,5 % reste possible, à condition de prendre vite les bonnes décisions » a-t-il insisté.
Dominique Parravano




















