Infirmier de formation, le fonctionnement de la santé sur le territoire n’était plus en adéquation avec les valeurs de cet ancien fonctionnaire. Fils d’artisan électricien, après la crise sanitaire de la Covid en 2020, Bruno Aubard décide de se rapprocher des pas de son père en embrassant une nouvelle carrière d’électricien.

Disposant de bonnes bases en électricité pour avoir accompagné son père artisan sur ses chantiers et grand bricoleur à ses heures perdues, après la crise sanitaire, Bruno Aubard décide de quitter ses fonctions d’infirmier anesthésiste. À 54 ans, il se forme au métier d’électricien pour consolider son savoir-faire et enchaîne sur la création de son entreprise.

Une reconversion bien accompagnée

« La formation m’a permis d’apprendre les différences techniques de mises en œuvre dans les règles de l’art et de compléter mes compétences en domotique », précise Bruno Aubard en poursuivant sur la prise en charge de sa formation. « À la suite d’un grave accident avec ma moto y il a quelques années de cela, j’ai un bras, en autres, qui ne peut se lever au-delà de mon épaule. Avec une invalidité avérée de 25 %, j’ai pu obtenir un soutien financier de la part de Transition Pro Bretagne qui a totalement financé ma formation à l’Afpa et d’une subvention de l’Agefip (lors de la création de l’entreprise) qui m’a permis d’avoir du matériel adapté pour compenser la perte de mobilité de mon bras. C’est un handicap invisible, mais bien présent au quotidien. Cette aide financière m’a permis de me lancer dans de bonnes conditions. Pour le reste, j’ai aussi été soutenu par le Crédit Agricole Finistère qui a cru en moi et dont j’étais déjà client. » L’artisan recommande par ailleurs de commencer en société et non pas en autoentreprise. Même si cela représente des frais et du temps supplémentaire pour la création de l’entreprise, ce statut a le mérite de rassurer les banques et les assureurs.

« Dès la première année, j’avais dépassé mes objectifs »

Diversification et réseau : les clés de la réussite

Une fois la validation de ses acquis en poche, Bruno Aubard se souvient avoir pris son bâton de pèlerin, après avoir lancé son entreprise en 2022, même s’il n’a pas attendu pour faire parler de lui. « J’ai notamment démarché les agences immobilières en distribuant mes cartes de visite et les réseaux sociaux. Grâce à ces canaux, j’ai très vite été sollicité par des constructeurs de maisons individuelles et j’ai ainsi pu commencer par faire du neuf, ce qui m’a amené à rencontrer d’autres artisans qui m’ont permis d’accéder à d’autres chantiers. J’ai aussi pris mon adhésion à la Capeb, particulièrement pour toute la veille du marché, le juridique et les outils qu’elle propose, mais aussi pour bénéficier de son réseau d’artisans en plus de celui des Castors de l’Ouest dont je dispose pour avoir construit deux maisons », révèle l’artisan. Le bouche-à-oreille et la multiplication des contacts ont payé pour cet adhérent de la Capeb Finistère qui ne boude pas son succès. « Mon entreprise a très vite décollé. Dès la première année, j’avais dépassé mes objectifs. J’ai même doublé mon chiffre d’affaires l’année suivante et depuis, ma progression annuelle est à deux chiffres », ce qui est appréciable au regard du contexte actuel, précise-t-il en ajoutant : « Mais pour que mon entreprise soit pérenne, je n’ai pas mis tous mes œufs dans le même panier. Au-delà des particuliers, j’ai déployé mon activité sur différents secteurs et services comme les bornes de recharge, par exemple. Je fais aussi le petit tertiaire, les Ephad, les commerces, les restaurants et j’ai aussi obtenu la gestion de trois maisons de retraite où je suis le référent pour tous les travaux d’électricité », dévoile le professionnel.

Les piliers du succès selon Bruno Aubard

L’artisan nous explique aussi, selon lui, les véritables raisons de sa réussite fulgurante. « Si mon entreprise marche bien en si peu de temps, c’est bien parce que je m’astreins à ce que mon travail soit de qualité. C’est ma marque de fabrique, mon tempérament, mais c’est aussi une déformation professionnelle d’ancien anesthésiste où le travail doit être carré, car vital. Par ailleurs, j’ai eu la chance d’avoir un père artisan qui m’a appris le métier, mais aussi tout ce qui va autour, comme la maçonnerie. Il m’a enseigné le respect de la propreté sur un chantier, occupé ou non, avec l’usage d’une bâche et d’un adhésif de protection, d’une balayette et d’une pelle, mais aussi de surchaussures en non-tissé lorsque cela est nécessaire. Pour moi, c’est un point d’honneur et c’est ce qui me démarque. Une autre clé de ma réussite réside dans le fait que je passe le temps nécessaire avec mes clients afin de définir au mieux leurs besoins pour adapter ma proposition au plus près de leur demande. Je m’adapte également aux sites occupés. Il m’arrive, par exemple, d’aller travailler en soirée dans le tertiaire, après les heures de bureau pour ne pas gêner l’activité de mes clients. Je me suis inspiré d’entreprises qui misent sur un haut niveau de qualité pour intégrer ce type de prestation à mon catalogue de services dont l’écoute et l’adaptabilité contribuent, entre autres, à la qualité de service.

« Je m’adapte aux sites occupés »

Autres facteurs déterminants pour la réussite de mon entreprise : les devis et les règlements. Pour ces premiers, j’y apporte un soin particulier et ça fait toute la différence dans la décision de mes clients. Un devis de rénovation totale me prend quatre à cinq heures. Certes, c’est beaucoup de temps, mais, en parallèle, j’ai appris à récupérer ce temps perdu en répercutant l’augmentation tarifaire des coûts chaque année. Quant aux règlements, pour éviter d’impacter ma trésorerie, lorsque cela est possible, j’utilise une application de ma banque pour le paiement en ligne. J’envoie un mail à mes clients avec un lien pour le paiement. C’est pratique pour ne pas avoir de l’argent dehors. Je n’oublie pas qu’un artisan est avant tout un chef d’entreprise et par voie de conséquence, avant d’intervenir sur les chantiers, il faut apprendre à la gérer », conclut l’ex-infirmier.

Thomas Peixoto