Le bout du tunnel s’éloigne pour les artisans du bâtiment. Au deuxième trimestre, leur activité recule encore de 1,5 % sur un an, portant à treize le nombre de trimestres consécutifs de baisse. Avec des trésoreries sous tension et l’emploi désormais touché, elle réclame un « plan de sauvegarde » et entend faire de l’accès au marché, de la rénovation et de la transmission des artisans des priorités de la présidentielle de 2027.

Au deuxième trimestre, l’activité des entreprises artisanales du bâtiment a encore décroché de 1,5 % sur un an. Le neuf continue de reculer, tout comme l’entretien-amélioration. Seule la rénovation énergétique stabilise sa trajectoire, sans toutefois repartir franchement.

Résultat : treize trimestres consécutifs de baisse. Un record qui finit par laisser des traces. « Treize trimestres de baisse consécutive, c’est du jamais-vu. Et surtout, nous avons aujourd’hui le sentiment de ne pas voir de chemin de sortie », constate Jean-Christophe Repon, président de la Capeb.

Le scénario d’une reprise progressive, encore envisagé en début d’année, ne tient plus. La conjoncture continue de serrer l’étau autour des entreprises. L’inflation atteint 2,1 % en juillet, notamment sous l’effet de l’énergie. Le taux moyen du crédit à l’habitat s’établit à 3,27 % en juin. Et la confiance des ménages reste à un niveau faible. À cela s’ajoute le choc des prix des carburants et des matériaux. Au deuxième trimestre, les produits dérivés du pétrole – bitume, PVC, isolants –, les matériaux et les coûts logistiques ont de nouveau renchéri. Un surcoût que les artisans ne peuvent pas toujours répercuter immédiatement sur leurs clients. Les trésoreries commencent à encaisser sérieusement le choc. Le solde d’opinion sur les besoins de trésorerie tombe à -32 points, pour un besoin moyen évalué à 22 000 euros.

« Le moral est atteint, avec un véritable sentiment d’usure chez nos chefs d’entreprise. Les hausses de prix des fournisseurs ont été vécues brutalement, avec un sentiment d’injustice », souligne Jean-Christophe Repon.

D’après une étude menée fin mai auprès de 2 200 adhérents de la Capeb, 58% des répondants déclarent avoir subi des retards de chantier liés aux événements météorologiques. «Ce tunnel de baisse d’activité n’a jamais été aussi long et, avec une élection présidentielle à venir, sans vraiment de lueur au bout du tunnel pour se projeter», a alerté Jean-Christophe Repon.

L’emploi commence à décrocher

Après l’activité et les trésoreries, c’est désormais l’emploi qui donne des signes de faiblesse. Quelque 12 000 emplois salariés ont disparu en un an dans les entreprises artisanales du bâtiment. Au deuxième trimestre, seules 9 % d’entre elles ont cherché à recruter.

Le logement apporte, lui aussi, quelques motifs de ne pas sombrer dans le pessimisme. Sur douze mois à juillet, les autorisations de construire progressent de 5,8 % et les mises en chantier de 17,8 %. L’ancien commence également à retrouver des couleurs.

Reste le décalage entre les indicateurs et le terrain. Pour l’heure, l’amélioration du marché du logement ne se traduit pas encore dans les carnets de commandes des artisans.

Ces derniers offrent malgré tout un peu d’oxygène : les entreprises disposent en moyenne de 80 jours de commandes. Une visibilité qui se réduit légèrement pour les structures de moins de dix salariés, mais qui constitue encore un minimum de sécurité.

Quand la chaleur perturbe les chantiers

À la pression économique s’ajoute désormais une contrainte que les artisans ne peuvent plus considérer comme exceptionnelle : le climat. « Le bilan de cet été nous incite à ne plus contester le changement climatique », affirme Jean-Christophe Repon. Canicules, épisodes météorologiques extrêmes, arrêts de chantier, horaires aménagés, travail partiel : la météo pèse désormais directement sur l’organisation et les coûts des entreprises.

L’enquête menée par la Capeb en mai et juin est sans ambiguïté : la chaleur et les canicules sont devenues l’aléa le plus fréquemment cité par les entreprises. Près de sept sur dix constatent une augmentation des événements climatiques sur leur territoire depuis cinq ans. Retards, fatigue, stress, difficultés techniques : le changement climatique n’est plus une perspective lointaine. Il s’invite désormais dans le quotidien des artisans.

Pour la Capeb, cette évolution rend indissociables politique du logement et adaptation climatique. L’organisation dénonce notamment la suppression du parcours par geste pour certains travaux d’isolation et de ventilation. Elle y voit un « contresens climatique, sanitaire et économique », alors même que les épisodes de chaleur se multiplient.

La Capeb réclame un « plan de sauvegarde »

Face à cette situation, la Capeb hausse le ton. En début d’année, l’organisation tablait encore sur une évolution de l’activité comprise entre -0,5 % et +0,5 % en 2026. Cette prévision est désormais jugée trop optimiste. Jean-Christophe Repon réclame donc un « plan de sauvegarde » et veut replacer la rénovation au cœur de la politique publique.

« Nous parlons de rénovation par étape, de sobriété, pas seulement de décarbonation. Bien sûr, nous faisons partie de l’équipe de France de l’électrification, mais la climatisation ne peut pas être la seule réponse », insiste-t-il.

La Capeb demande au gouvernement de revoir le dispositif de rénovation pour mieux accompagner les parcours par étapes. Elle défend le maintien des CEE et réclame davantage de solutions de financement, notamment des prêts affectés aux travaux. L’organisation veut également rouvrir le dossier des équipements de chauffage. « Une question n’est plus posée au gouvernement : celle des bouilloires thermiques qui ont été remises sur le marché. Aujourd’hui, nous ne voyons pas de vision stratégique. »

« Pris entre deux menaces »

La bataille de la Capeb dépasse désormais la seule rénovation. L’accès au marché devient sa priorité numéro un. « Nous sommes pris entre deux menaces : un marché qui veut se concentrer et un marché qui se libéralise. L’artisanat est pris entre les deux. L’accès au marché, au sens large, est donc notre priorité », résume Jean-Christophe Repon.

Derrière cette formule se joue la capacité des petites entreprises à continuer d’accéder aux marchés et à se développer alors que la concentration du secteur s’accélère.

Deuxième sujet brûlant : la transmission. Avec, en arrière-plan, l’apprentissage, considéré comme un levier essentiel pour renouveler les générations d’artisans.

La Capeb veut également que l’entretien-rénovation trouve davantage sa place dans le futur projet de loi Logement. Sur les matériaux, elle ne réclame pas une intervention directe sur les prix, mais davantage de transparence. Une enquête de l’Autorité de la concurrence est actuellement en cours sur le secteur.

« Nous voulons juste de la sincérité et de la confiance. Nous avons toujours défendu un observatoire pour apporter de la clarté sur les coûts. Nous ne mettons personne en accusation », affirme Jean-Christophe Repon.

Cap sur 2027

La rentrée sera enfin politique. La Capeb va lancer une consultation auprès de ses adhérents afin de bâtir un socle de propositions et de préparer ses échanges avec les candidats à l’élection présidentielle de 2027. Après treize trimestres de recul, l’organisation veut transformer l’usure du terrain en agenda politique.

Sauvegarde de l’artisanat, accès au marché, rénovation, transmission : autant de dossiers que la Capeb entend imposer dans le débat présidentiel. Le message est désormais clair : les artisans ne veulent plus seulement attendre la reprise. Ils veulent peser sur les conditions de son retour.

Deux combats seront particulièrement visibles à la rentrée : la défense de l’accès au marché et celle d’une rénovation davantage adaptée aux réalités du terrain.

La Capeb les portera notamment à Batimat, fin septembre, avant de les remettre au centre de sa grande soirée du 29 septembre, organisée pour célébrer ses 80 ans aux Folies Gruss.

Dominique Parravano