Manifestations devant les préfectures, opérations escargot, installation de croix sur les ronds-points, interpellations des parlementaires… Face à la dégradation de la conjoncture et aux difficultés croissantes des entreprises artisanales, les Capeb départementales multiplient les initiatives. De la Dordogne à la Saône-et-Loire, du Territoire de Belfort à la Manche, le réseau territorial fait entendre la voix des artisans et réclame des réponses concrètes des pouvoirs publics.

La contestation gagne du terrain. Face à la baisse des commandes, aux clients qui reportent leurs travaux, à la hausse des charges et du carburant, aux trésoreries fragilisées et aux investissements comme aux embauches mis en suspens, les artisans entendent faire entendre leur colère. Partout, les Capeb départementales prennent des initiatives pour alerter les pouvoirs publics et rendre visibles les difficultés rencontrées par les entreprises.

En Pays de la Loire, le président de la Capeb, Jérémy André, a témoigné sur Europe 1, le 1er novembre, de cette réalité économique. Charpentier-couvreur, il explique avoir reporté l’embauche d’un salarié supplémentaire et le renouvellement de ses véhicules, faute de visibilité sur l’activité. Un témoignage qui illustre concrètement les arbitrages auxquels sont contraints les chefs d’entreprise.

Des manifestations pour alerter les pouvoirs publics

En Dordogne, la Capeb a renoué avec la mobilisation de rue après plus de dix ans sans manifestation. Le 30 octobre, 150 artisans se sont rassemblés devant la préfecture de Périgueux à l’appel de leur président, Benoît Jean-Louis. Au cœur de leurs revendications : le recul du marché, la hausse des coûts, les incertitudes entourant MaPrimeRénov’ et la REP, ainsi que la concurrence déloyale. La Capeb 24 réclame notamment une TVA à 5,5 % sur l’ensemble des travaux de rénovation et davantage d’équité entre les entreprises. Une nouvelle étape est annoncée dès le 2 novembre, avec l’interpellation des parlementaires.

En Saône-et-Loire, les artisans ont choisi une autre forme d’action pour marquer les esprits. Le 30 octobre, la Capeb 71 a organisé une opération escargot entre Chalon-sur-Saône et Mâcon, avec un départ à 8 h 30. Une deuxième mobilisation en quinze jours, qui témoigne de la détermination des professionnels à obtenir un plan d’aides pour sauver les entreprises du BTP.

Pour frapper les esprits, l’opération s’est accompagnée de l’installation de 200 croix sur les ronds-points entre Chalon et Mâcon. Elles symbolisent les quelque 200 entreprises du BTP en procédure collective devant les tribunaux de commerce de Mâcon et Chalon, selon les chiffres avancés par la Capeb. Derrière ce geste, des situations bien réelles. Les artisans témoignent de commandes qui se raréfient, de clients qui réduisent leurs projets et de charges qui continuent de peser sur les trésoreries. Certains expliquent même devoir diminuer leur propre rémunération pour préserver leurs salariés et maintenir leur entreprise.

Un front commun pour interpeller les élus

Dans le Territoire de Belfort, la Capeb a privilégié le dialogue direct avec les responsables politiques. Aux côtés de dix autres organisations professionnelles, elle a rencontré le député Ian Boucard et le sénateur Cédric Perrin afin de leur remettre un manifeste commun. Francis Voelin, représentant de la Capeb, défend cette démarche interprofessionnelle destinée à peser sur les arbitrages du budget 2027. Les organisations demandent notamment une simplification administrative et un allègement des charges qui pèsent sur les entreprises.

Dans l’Ain, la mobilisation porte également sur les dysfonctionnements de la REP PMCB. La présidente de la Capeb départementale, Valérie Brevet, dénonce le manque de points de collecte gratuits, les coûts de transport et de tri ainsi que les contraintes administratives. Elle réclame une meilleure prise en charge des petits volumes de déchets, un maillage territorial renforcé et davantage de transparence de la part des éco-organismes.

Dans la Meuse, Jean-François Régnier, président de la Capeb 55, porte lui aussi la voix des petites entreprises sur ce dossier. À Damvillers, il dénonce les difficultés rencontrées par les artisans pour accéder à la collecte gratuite des déchets et obtenir des réponses claires sur les conditions de reprise. Il réclame des solutions de proximité, simples et sans frais. Car, pour les artisans, la proximité ne se mesure pas seulement en kilomètres, mais en minutes.

La Manche alerte sur les risques pour les petites entreprises

Dans la Manche, la présidente de la Capeb, Sarah Romuald, a choisi la voie médiatique pour attirer l’attention sur les conséquences possibles des grands projets d’investissement annoncés dans le Cotentin, représentant 50 milliards d’euros. Invitée de la matinale d’Ici Cotentin le 2 novembre, elle met en garde contre les tensions de recrutement et le risque de voir les grands groupes capter la main-d’œuvre au détriment des petites entreprises locales. Elle appelle à ce que le développement économique du territoire ne se fasse pas au détriment des entreprises artisanales déjà implantées.

Un réseau territorial mobilisé sur plusieurs fronts

Manifestations, opérations escargot, rencontres avec les parlementaires, interpellations médiatiques : les initiatives des Capeb départementales prennent des formes différentes, mais poursuivent un même objectif. Faire remonter les difficultés du terrain, donner la parole aux artisans et obtenir des réponses adaptées à la réalité des petites entreprises.

Au-delà de la conjoncture, les mobilisations portent aussi sur des sujets structurels : fonctionnement de la REP PMCB, collecte des déchets, fiscalité des travaux de rénovation, simplification administrative ou encore accès à la main-d’œuvre. Autant de dossiers sur lesquels les représentants départementaux entendent maintenir la pression.

À l’approche des discussions budgétaires pour 2027, le réseau territorial entend ainsi faire entendre les préoccupations des artisans jusque dans les sphères de décision. Sur le terrain comme dans les médias, les Capeb départementales donnent corps à l’appel national lancé par la Confédération.

Dominique Parravano