L’artisanat du bâtiment reste dans le rouge au troisième trimestre 2025, avec une activité en recul de 3,5 % après -4,5 % au printemps. Le neuf freine la reprise, la rénovation piétine, et l’entretien reste au point mort. Malgré quelques signaux positifs — +7 % d’autorisations de construire, +3,1 % de mises en chantier, 74 jours de carnets de commandes —, la reprise reste fragile, timide éclat dans un ciel économique encore bien chargé.
D’après la dernière note de conjoncture de la Capeb, l’artisanat du bâtiment voit son volume d’activité reculer de 3,5 % au troisième trimestre 2025 par rapport à la même période l’an dernier, malgré un léger ralentissement de la chute. Le neuf reste le principal frein (-6 %), victime d’une demande léthargique et d’un environnement politique sans cap. La rénovation et l’entretien-amélioration stagnent (-1,5 %), plombés par la suspension des aides estivales et l’instabilité réglementaire.
Quelques signaux viennent pourtant ranimer l’espoir : les autorisations repartent à la hausse (+7 % sur un an), les mises en chantier progressent légèrement (+3,1 %). Mais ce sursaut reste trop faible pour inverser durablement la tendance. Le collectif reprend des couleurs, tandis que la maison individuelle demeure à la peine (-7 %).
Tous les métiers sont touchés : la menuiserie-serrurerie encaisse -4,5 %, la maçonnerie -4 %, l’électricité -3,5 %, et la couverture-plomberie-chauffage limite les dégâts à -2,5 %. Aucune région n’échappe au repli : Centre-Val de Loire (-5,5 %), Bretagne, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine (-4,5 %), PACA (-2 %).
Seule éclaircie : les carnets de commandes se regonflent. Avec 74 jours d’activité prévus, le niveau n’avait plus été atteint depuis 2022. Mais la confiance reste fragile, les trésoreries s’amenuisent (-15 points), les marges s’effritent (-10 points) et l’emploi continue de se contracter (-2,9 % sur un an dans les petites entreprises, -4,2 % pour l’intérim). À peine 7 % des artisans envisagent de recruter d’ici fin 2025.
Même la reprise des ventes de logements anciens (+9 %) et la hausse du crédit à l’habitat (+50 % sur un an) ne suffisent pas à relancer la demande : les ménages restent prudents, avec un taux d’épargne record à 18,9 %. Dans un climat politique instable, sans visibilité ni stratégie claire, le secteur avance à vue.
« Le secteur est à un point de bascule »
« L’artisanat du bâtiment traverse une période délicate, reconnaît Jean-Christophe Repon, président de la Capeb. Certains indicateurs laissent entrevoir une reprise, mais sur le terrain, les artisans ne la voient pas : les carnets se contractent, le chiffre d’affaires recule et l’incertitude demeure.
Du côté du Parlement, les signaux sont au rouge : recul sur la franchise en base de TVA, baisse des aides à l’apprentissage, coupes dans MaPrimeRénov’… Et toujours pas de vraie politique du logement. Nous avons besoin d’une vision cohérente, notamment sur la rénovation énergétique. Aujourd’hui, les décisions sont souvent incohérentes : suppression d’aides, reports d’arbitrages, manque de clarté sur le parcours de rénovation… Pendant ce temps, les artisans attendent.
Beaucoup d’indicateurs économiques repartent à la hausse, mais l’artisanat du bâtiment reste à la peine. J’en appelle au Gouvernement : prenez conscience de l’impact de vos décisions sur ces petites entreprises qui font vivre nos territoires. Le secteur est à un point de bascule. Avec les bonnes décisions, il peut enfin sortir la tête de l’eau. Les propositions de la Capeb, simples et sans coût pour l’État, sont sur la table. Il suffit de les écouter. »
Dominique Parravano
























