L’Observatoire des métiers du BTP publie une étude inédite consacrée aux métiers de la fonction « études » au sein des entreprises du Bâtiment et des Travaux publics. L’enquête met en lumière le rôle désormais stratégique de ces professions, essentielles à la maîtrise technique et économique des chantiers. Elle révèle aussi un secteur sous tension : les besoins de recrutement y sont élevés et les enjeux en matière de compétences comme de formation particulièrement importants.

La fonction « études » recouvre l’ensemble des métiers qui préparent et sécurisent les projets : définition des solutions techniques, réalisation des plans, métrés et chiffrages, préparation de l’exécution des chantiers. On y retrouve par exemple des BIM managers, chargés d’affaires, dessinateurs-projeteurs, géomètres-topographes, métreurs, techniciens, chargés d’études, etc.
Ces missions peuvent être assurées par des spécialistes dédiés dans l’entreprise, par d’autres salariés en fonction de l’organisation interne, ou encore confiées à des bureaux d’études externes.

92 000 salariés

En 2025, l’Observatoire estime à 92 000 le nombre de salariés pertinents de la fonction « études » dans le BTP : 58 320 dans le Bâtiment (5,2% des effectifs) et 33 700 dans les Travaux Publics, où leur poids atteint 10,2% des effectifs.

La présence de ces métiers dépend d’abord de la taille de l’entreprise : à partir de 10 salariés, on trouve fréquemment des postes dédiés, et au-delà de 20, c’est quasiment systématique. Dans les structures plus petites, c’est très souvent le dirigeant qui assure lui‑même la fonction (75 % des cas), et plus d’un tiers y consacre déjà la moitié de son temps (37 %).

Le type d’activité joue aussi fortement : le second œuvre technique, le gros œuvre et les Travaux Publics nécessitent toujours davantage d’études à forte dimension technique que d’autres segments. L’appartenance à un groupe et une implantation en zone urbaine renforce également la probabilité de disposer de métiers « études » internes. Les entreprises privilégient d’ailleurs largement l’internalisation de ces compétences, jugées stratégiques pour maîtriser les coûts, les délais, les marges et maintenir un haut niveau d’expertise.

Recrutements en hausse et besoins de compétences d’ici 2030

Malgré la digitalisation et l’essor d’outils numériques censés faire gagner du temps, les besoins de recrutement restent élevés. La complexification des projets, l’intégration des enjeux climatiques et la multiplication des contraintes réglementaires renforcent la demande en profils qualifiés.
L’Observatoire projette un besoin annuel d’environ 2 200 nouveaux entrants dans le Bâtiment et 1 260 dans les Travaux Publics, soit plus de 15 000 postes sur les cinq prochaines années. Même dans les entreprises sans poste dédié, plus de la moitié des dirigeants (55%) anticipent qu’ils devront consacrer encore davantage de temps aux études.

En 2024, plus de 12 500 sortants de formation initiale pourraient éventuellement occuper un métier de la fonction « études ». Ce vivier reste cependant insuffisant au regard des besoins, d’autant que les entreprises privilégient les profils Bac +3 à Bac +5 ou la promotion interne. Cette préférence s’explique par la technicité croissante des chantiers et le manque de formations spécialisées, notamment dans les Travaux Publics.

IA, transition écologique : deux chantiers majeurs pour la formation

L’analyse de l’offre de formation montre une bonne prise en compte des transitions numériques et technologiques, mais deux leviers doivent encore être renforcés.
Le premier concerne l’intelligence artificielle, appelée à transformer la manière de réaliser les études : appui au dimensionnement, génération de variantes, analyse de données, optimisation des coûts et des délais, etc. Les formations doivent mieux préparer les futurs professionnels et les entreprises à l’intégration de ces outils.

La seconde touche à la transition écologique : les programmes doivent évoluer au rythme du renforcement des exigences climatiques, avec l’usage de nouveaux matériaux et modes constructifs, la montée en puissance de la rénovation et de la restructuration, et la prise en compte systématique de l’impact environnemental des projets.

En publiant cette étude, l’Observatoire des métiers du BTP apporte un éclairage structurant sur une fonction « études » devenue centrale pour la compétitivité, la qualité et la transition du secteur, et invite l’ensemble des acteurs à se mobiliser sur les enjeux d’emplois, de compétences et de formation à horizon 2030.

Nous reviendrons plus amplement sur cette étude dans notre prochaine édition du Bâtiment Artisanal. 

Dominique PARRAVANO