
Sur le mythique rocher marseillais, malmené par le temps et l’histoire, Laura Zini se frotte à la taille de pierre avec maîtrise. Entre réemploi de matériaux et gestes ancestraux, elle porte le titre de tailleur de pierre — un nom masculin qu’elle respecte pour la tradition — et poursuit, avec une précision quasi obsessionnelle, sa mission : préserver l’âme du château d’If.
Érigé en 1529 sous les ordres de François Ier, le château d’If domine l’archipel du Frioul (Bouches-du-Rhône). Bien que sa silhouette de pierre semble robuste, ses façades sont rongées par l’eau salée de la mer. C’est ici que Laura Zini, experte en rénovation du patrimoine ancien basée à Toulon, déploie son savoir-faire. À son compte depuis 2020, cette passionnée d’histoire a fait de ce monument l’un de ses chantiers de prédilection, intervenant aussi bien sur les structures massives que sur les détails ornementaux les plus fins.
Un chantier sous haute surveillance écologique
Sous la gestion du Centre des monuments nationaux (CMN), le site est aussi soumis aux règles strictes du parc national des Calanques. Afin de ne pas perturber l’écosystème, des spécialistes imposent des méthodes et horaires de travail précises. Avec un respect total de l’existant, Laura Zini utilise une technique vieille de 150 ans : un mélange de calcaire marbrier, issu du même filon géologique que la célèbre pierre de Cassis, scellé avec un béton de chaux hydraulique renforcé au ciment prompt. Ainsi, le monument est protégé contre la salinité lors des tempêtes.
L’art de la substitution et du réemploi
Le défi majeur du château d’If réside dans la rareté des matériaux d’origine. La pierre de Cassis est aujourd’hui quasiment introuvable, la carrière ayant été réduite pour préserver les calanques. Alors, Laura Zini doit ruser. Pour les sols, elle emploie des pierres de substitution. Cette pratique n’est pas nouvelle : lors de la construction initiale, le rocher avait été rasé et les pierres de calcaire marbrier immédiatement réemployées pour édifier les murs, économisant ainsi énergie et coûts. Pour les réparations sur la pierre rose de La Couronne, même méthode. Laura Zini utilise la pierre espagnole de Sepulveda, la plus similaire esthétiquement mais aussi plus résistante. Ocres naturels, terre d’ombre et de Sienne se mélangent ensuite dans les mains de la professionnelle pour recréer les couleurs d’origines.
Entre archives et diagnostic sanitaire
Laura Zini est une experte technique qui a sondé les archives de l’évolution du site. Elle a ainsi collaboré avec un historien et un médiévaliste pour étudier les six bouches à feu du château, dont l’état de dégradation rendait la lecture historique difficile. Cette étude a profité à leur restitution future à l’aide de recommandations précises. Au-delà de ses interventions directes, Laura Zini transmet son savoir en formant le personnel encadrant, notamment par la lecture du bâti ancien pour déterminer la meilleure approche de restauration. Au sein de la Capeb du Var, elle participe également à la coordination et au développement de la formation des métiers du patrimoine (CIP Patrimoine).
Thomas Peixoto / Emma Deroche

























