Depuis 2013, Julien Meslin a repris les rênes de l’entreprise familiale et fait rayonner un savoir-faire rare en maçonnerie artisanale. Meslin et Fils s’impose aujourd’hui comme une référence pour la rénovation et la construction neuve, en restant fidèle aux techniques anciennes locales.
Basée dans l’Eure, l’entreprise intervient sur un rayon d’environ 80 kilomètres. Pour cet artisan spécialisé dans le torchis et la bauge, la distance importe peu dès qu’il s’agit de chantiers d’exception, y compris dans les départements voisins comme le Calvados ou la Seine-Maritime.
Sa clientèle se compose de 70 % de particuliers et 30 % de collectivités, qui font appel à lui pour des travaux variés : restauration de maisons, entretien d’édifices religieux, murs de clôture ou enceintes de cimetières.
L’art de bâtir à l’ancienne
Si l’entreprise intervient majoritairement en rénovation, elle réalise également des maisons neuves en suivant des protocoles ancestraux. Le processus commence par la réalisation d’une dalle en béton, avec ou sans vide sanitaire réalisé par un maçon. Ce processus est le plus utilisé aujourd’hui, compte tenu des enjeux d’assurance, mais des techniques plus traditionnelles existent, comme la fondation cyclopéenne et dalle de béton de chaux par exemple.
Une fois cette base établie, un charpentier monte la structure en bois de chêne à l’aide de cales provisoires, sur lesquelles reposent les poteaux d’angles. Julien Meslin intervient ensuite pour édifier le soubassement, le plus souvent en silex maçonné au mortier de chaux. Lors de cette étape, il remplace les cales du charpentier par des dés en pierre de taille ou à l’aide d’un assemblage fait de briques et de mortier de chaux.
La personnalisation esthétique repose sur une connaissance fine des matériaux locaux. Le mortier utilisé pour le jointoiement peut être coloré par l’intégration de sables locaux afin de respecter scrupuleusement le ton traditionnel de la région.
Selon les souhaits des clients, le silex (granulométrie : 60/140 mm) peut être remplacé par de la brique ou de la pierre de taille, comme la pierre de Vernon issue d’une carrière à proximité toujours en activité, ou encore les pierres locales de Caumont ou de Goupillières.
Pour les chantiers situés en Seine-Maritime, l’artisan de 42 ans utilise le grès, plus présent dans cette partie de la Normandie. Soucieux de l’authenticité, Julien Meslin privilégie des matériaux de récupération, notamment le silex et la brique, qu’il collecte lui-même sur d’autres chantiers ou achète auprès de distributeurs spécialisés.
Torchis : du limon à l’ouvrage
L’une des grandes spécialités de l’entreprise réside dans son expertise du torchis, un mélange de limon argileux brun, de paille, d’eau et totalement exempt de liant hydraulique ou de ciment. Les proportions du mélange varient suivant l’ouvrage et le but recherché, très pailleux pour une meilleure isolation thermique par exemple. L’entreprise Meslin et Fils
fabrique son propre torchis qu’elle commercialise auprès de professionnels et de particuliers.
La production est saisonnière, de mars à novembre, afin de protéger le matériau des gelées
et de garantir un séchage optimal, le torchis étant particulièrement long à stabiliser. La mise en œuvre s’effectue exclusivement à la main, une technique qui, grâce à l’argile selon l’artisan, préserve la douceur de la peau malgré la rudesse apparente du travail. Le torchis
est appliqué sur une épaisseur de 10 à 20 centimètres.
Contrairement aux méthodes anciennes où le lattage était mis en force entre les éléments verticaux du colombage – technique encore utilisée pour les murs de refends ou de faible épaisseur – Julien Meslin installe désormais le lattage en chêne ou en châtaignier, d’environ 20 mm d’épaisseur, qu’il cloue avec des pointes de 40 mm à l’horizontal du côté intérieur.
Cette technique offre une épaisseur de torchis plus importante et un enrobage optimal des éléments de charpente, ceci afin d’éliminer tout risque de fuite d’air entre la charpente et le torchis, suite au retrait du torchis dû au séchage, si celui-ci était appliqué en remplissage entre les colombes. Pour les murs de refend et les cloisons, l’artisan utilise un lattage à mi-bois (en éclisse) afin de laisser la structure en bois apparente de chaque côté.
Le séchage du torchis est une étape cruciale, celle-ci nécessite de la patience. Avant d’envisager l’isolation par l’intérieur, il convient d’attendre au moins trois mois pour que la surface intérieure soit suffisamment sèche, tandis que l’humidité résiduelle continue de s’évacuer par la face extérieure durant quelques semaines supplémentaires.
Une fois le retrait stabilisé, un filet d’air apparaît le long des bois du colombage. À ce stade, l’artisan applique alors un enduit composé de terre, de sable, de paillettes de lin et de chaux naturelle pour combler ces vides et protéger durablement les façades. Cet enduit, développé, fabriqué et revendu par Julien Meslin, permet de stopper définitivement tout retrait du matériau.
Bauge : quand la matière brute devient ossature
À la différence du torchis servant de remplissage à une ossature bois, la bauge est un matériau porteur utilisé pour la structure même des murs. Elle se compose de limon argileux, de paille et parfois de gros cailloux, appelés tout-venant, selon le type d’ouvrage.
En raison d’un coût de mise en œuvre important lié à la technique, la demande de constructions neuves en bauge reste rare. Le professionnel, expert en la matière, intervient ainsi principalement en rénovation.
L’édification d’un mur en bauge, devant disposer d’une épaisseur d’environ 45 cm, obéit à une procédure rigoureuse avec une mise en œuvre par étapes appelées « levées ». Chaque levée ne doit pas excéder 60 cm de hauteur pour garantir la stabilité de l’ensemble.
Contrairement au pisé, la bauge est mise en œuvre humide et sans coffrage. Les tas de terre sont dressés, lissés et tassés manuellement. Le lissage crée un glacis naturel servant de protection au mur.
Entre chaque levée, un temps de séchage de quinze jours à un mois est nécessaire selon les conditions climatiques. Un mur en bauge doit impérativement reposer sur un soubassement en silex et être protégé par un couvre-mur en ardoise, tuile ou chaume… L’absence de protection entraîne une dégradation rapide du matériau. Un point essentiel
à la pérennité de l’ouvrage que Julien Meslin ne manque jamais de rappeler à ses clients.
Thomas Peixoto

























