Sous le choc des flambées de l’énergie et des matériaux, les artisans du bâtiment vacillent. Trésoreries sous tension, visibilité réduite, moral en berne : pour beaucoup, cette nouvelle secousse ressemble à celle de trop. Face à l’urgence, la Capeb sonne l’alerte et avance des mesures concrètes pour éviter l’asphyxie d’un secteur essentiel.
En l’espace de 48 heures, la publication des résultats de la consultation du réseau Capeb sur la hausse des prix a déclenché une véritable déferlante médiatique. Plus de 300 retombées dans la presse nationale, régionale et spécialisée : un écho rare, révélateur d’une crise qui ne connaît plus de frontières.
Tous les territoires sont touchés. Tous les métiers sont concernés. À elle seule, cette visibilité représente près de la moitié de l’exposition médiatique mensuelle habituelle de l’organisation. Un signal fort, à la mesure de l’inquiétude qui traverse la profession.
Derrière les chiffres, la détresse
Au cœur de cette mobilisation, les témoignages d’artisans frappent par leur lucidité. Et leur gravité. Tous décrivent une situation subie, brutale, imprévisible. Une mécanique économique qui se dérègle et fragilise des équilibres déjà précaires. Certains évoquent, sans détour, la perspective de cesser leur activité.
Car au-delà des marges rognées et des devis impossibles à tenir, c’est une fatigue profonde qui s’exprime. Une usure psychologique, alimentée par l’incertitude permanente.
Consciente de cette réalité, la Capeb a sollicité l’appui de l’Iris-ST et de l’Observatoire Santé de PRO BTP. Un échange avec le professeur Christophe Lançon, spécialiste en santé mentale à Marseille, a ainsi été organisé pour aborder les conséquences de la crise sur les dirigeants et leurs proches, et identifier des solutions d’accompagnement adaptées.
Une initiative qui dit l’essentiel : la crise n’est plus seulement économique, elle est aussi humaine.
Mobiliser pour alerter
La force de ces témoignages constitue aujourd’hui un levier puissant. La Capeb appelle l’ensemble de son réseau à relayer cette réalité, notamment sur les réseaux sociaux, sous une bannière claire :
« La crise de trop »
Objectif : sensibiliser l’opinion publique et interpeller les Pouvoirs publics.
Dans cette logique, l’organisation demande la réactivation du comité de crise mis en place en 2022 pour la crise de l’Ukraine avec un recentrage sur les spécificités du bâtiment. Elle réclame également un suivi renforcé de l’évolution des prix et davantage de transparence sur les pratiques des industriels.
Parmi les propositions structurantes figure la création d’un dispositif expérimental de suivi des coûts des matériaux. Une démarche destinée à établir un véritable indice de référence, capable de détailler la répartition des coûts : énergie, matières premières, main-d’œuvre, transport ou encore gestion des déchets.
Des mesures immédiates pour respirer
Au-delà du diagnostic, la Capeb avance des solutions concrètes.
Elle plaide pour l’application temporaire d’un taux de TVA réduit à 5,5 % sur l’ensemble des travaux de rénovation, afin de soutenir l’activité tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages.
Elle demande un encadrement plus strict des délais de prévenance pour permettre aux entreprises d’ajuster leurs devis, la généralisation des clauses de révision des prix et une réduction des délais de paiement, notamment dans les marchés publics.
Sur le front énergétique et logistique, l’organisation revendique un remboursement partiel de la TICPE pour les carburants professionnels, ainsi qu’un soutien financier massif pour accompagner la transition vers des flottes de véhicules utilitaires électriques.
Lever les freins, relancer l’activité
Dans un contexte déjà tendu, certains blocages administratifs deviennent insoutenables. La Capeb insiste sur la nécessité de simplifier l’accès à la qualification RGE, condition clé pour intervenir sur les chantiers de rénovation énergétique. Elle appelle également au retour des travaux d’isolation dans les dispositifs d’aide et à la mise en place d’un parcours de rénovation plus progressif, plus lisible et plus accessible.
L’urgence sociale en première ligne
Face à la pression qui s’accumule, des réponses sociales s’imposent.
La Capeb salue les dispositifs d’accompagnement renforcés proposés par l’Urssaf : étalement des cotisations, délais de paiement, ajustement des charges. Des mesures jugées indispensables pour éviter les ruptures brutales.
Mais l’organisation va plus loin. Elle appelle le ministère du Travail à adapter en urgence le dispositif d’activité partielle, en s’inspirant des mesures exceptionnelles déployées durant la crise sanitaire : simplification, rapidité, souplesse et protection renforcée.
Ne plus attendre
Pour la Capeb, le temps des constats est révolu. Il y a désormais urgence à agir. Car derrière les chiffres, ce sont des entreprises qui vacillent, des emplois locaux qui sont menacés, et l’équilibre économique de territoires entiers qui se joue. Dans cette crise silencieuse mais profonde, une certitude s’impose : laisser faire n’est plus une option.
Dominique Parravano






















