Longtemps laissées à l’écart des dispositifs d’urgence, les très petites entreprises du bâtiment obtiennent gain de cause. Face à la flambée des prix de l’énergie, Matignon annonce une aide ciblée sur le gazole non routier. Une bouffée d’air… encore insuffisante.

Il aura fallu des semaines de plaidoyer pour que la voix des artisans du bâtiment franchisse les portes de Matignon. Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de perturbations des approvisionnements pétroliers, la hausse brutale des carburants menaçait déjà l’équilibre fragile des très petites entreprises du secteur. Mardi 21 avril, le Premier ministre a finalement annoncé une série de mesures destinées à amortir le choc.

Au cœur du dispositif : une aide ciblée sur le gazole non routier (GNR), carburant indispensable au fonctionnement des engins de chantier. Le soutien envisagé, de l’ordre de 20 centimes par litre, vise à compenser partiellement l’envolée des coûts d’exploitation. Une mesure qui aligne enfin le BTP sur d’autres filières déjà accompagnées, notamment le monde agricole.

Cette avancée est le fruit d’une mobilisation intense de la CAPEB et de la CNATP. Ces dernières semaines, leurs représentants ont multiplié les échanges avec les pouvoirs publics, alertant sur l’impact direct de la crise énergétique sur des entreprises souvent engagées sur des marchés à prix fermes. Impossible, dans ces conditions, de répercuter la hausse des coûts sur les clients. Résultat : travailler revient parfois à creuser ses pertes.

Si la décision est saluée comme une prise de conscience, elle laisse pourtant un goût d’inachevé. Car derrière l’annonce, tout reste à préciser. Les modalités d’application doivent encore être définies entre les ministères concernés et les organisations professionnelles. Et surtout, l’aide apparaît déjà comme limitée au regard de l’ampleur de la crise.

Depuis plus de deux ans, le secteur du bâtiment traverse une zone de turbulence. Baisse d’activité, marges sous pression, près de 30 000 emplois perdus : la crise énergétique agit comme un révélateur d’une fragilité structurelle plus profonde. À la hausse des carburants s’ajoute celle des matériaux, alimentant une spirale de coûts difficilement soutenable.

Pour éviter une nouvelle déstabilisation, la Capeb plaide pour la création d’un observatoire des prix des matériaux, afin de distinguer les hausses justifiées de possibles effets d’aubaine. Une initiative désormais sur les rails, selon les engagements pris récemment par les pouvoirs publics.

Mais au-delà de l’urgence, c’est bien une réponse de fond que réclame la profession. La rénovation apparaît comme un levier clé pour relancer durablement l’activité. Les artisans demandent un soutien renforcé, à la hauteur de celui accordé à la construction neuve, ainsi qu’une baisse de la TVA sur les travaux.

Car l’équation est simple : sans mesures structurelles, la crise actuelle pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle vague de faillites. Et avec elle, fragiliser un peu plus un tissu économique déjà sous tension.

Dominique Parravano