Les métiers du bâtiment, des travaux publics et du paysage attirent de plus en plus les femmes. Mais, bien qu’elles soient de plus en plus nombreuses à choisir cette voie, elles restent encore souvent perçues comme des exceptions dans cet environnement stéréotypé masculin. L’enquête nationale menée par l’Iris-ST, en partenariat avec la Capeb, la CNATP et l’OPPBTP sur la situation des femmes dans l’artisanat du BTP et du paysage, met à mal cette vision clivante qui continue de freiner leur pleine légitimité dans ce secteur.
L’étude menée par l’Iris-ST en partenariat avec la Capeb, la CNATP et l’OPPBTP brosse un portrait très complet de la situation des femmes dans l’artisanat du BTP et du paysage en 2025.
Ce secteur, encore très masculin, connaît une féminisation lente mais réelle. Cette étude, menée auprès de 520 répondants, dont 360 femmes, explore les conditions de travail, les freins à l’intégration, la question de la légitimité professionnelle, les réalités de la maternité, ainsi que les besoins exprimés par les entreprises pour faciliter l’accueil des femmes.
« Seules 14 % des femmes interrogées affirment ne jamais avoir ressenti la nécessité de prouver leur légitimité. »
Une révolution timide
Parmi les 360 répondantes interrogées, 69 % déclarent devoir justifier régulièrement leurs compétences. Et quand elles ne sont pas en train d’expliquer leur métier, elles constatent qu’un interlocuteur préfère s’adresser… au collègue masculin juste à côté, ou pire, à leur conjoint. Une réalité vécue par 56 % d’entre elles. Les clients représentent la première ligne de résistance : 64 % des femmes doivent démontrer leur savoir-faire face à eux, suivis des autres corps de métier (41 %) et des fournisseurs (34 %).
« Pour la Capeb, la féminisation est même un préalable essentiel. »
Le management au féminin : un petit truc en plus
Les entreprises interrogées confirment un phénomène que beaucoup observent depuis longtemps : le management féminin apporte une réelle valeur ajoutée. La moitié des répondantes estiment qu’il apporte « une approche différente », et 39 % soulignent une meilleure qualité des relations humaines.
Plus frappant encore : 75 % des femmes travaillant sur chantier déclarent aborder la prévention différemment de leurs collègues hommes, en anticipant davantage les risques et la préparation. Une prudence qui n’a rien d’un stéréotype : elle est observée aussi sur le terrain par l’OPPBTP. Et quand elles manipulent des dispositifs d’assistance physique, la marge de progression est réelle : 55 % les utilisent, mais 27 % jugent qu’ils sont peu adaptés à la configuration des chantiers.
« Pour l’OPPBTP, il y a urgence à améliorer les conditions de travail et à adapter les infrastructures et outillages pour accueillir tous les profils. »
Le recrutement : stop aux clichés !
En ce qui concerne le recrutement des femmes dans les métiers du BTP, les obstacles persistent. 172 entreprises mentionnent l’absence de candidatures féminines. Les principales raisons évoquées sont des conditions de travail jugées insuffisantes (sanitaires, vestiaires, etc.) ou la perception d’un métier peu adapté à la condition féminine – bref, une vision des métiers du bâtiment encore trop caricaturale.
Pourtant, près de 49 % des entreprises interrogées ont déjà recruté une femme. Parmi elles, les statuts varient : salariée (39 %), apprentie (19 %), stagiaire (13 %). Et les effets ressentis de ce choix sur les équipes sont plus que positifs : plus d’attention aux conditions de travail (30,1 %), des comportements plus soignés (27 %) et une attitude plus protectrice (26,2 %). Et presque la moitié des répondants n’identifient aucun frein à l’embauche de femmes. L’autre moitié évoque plutôt des barrières structurelles : contraintes physiques, gestion de la maternité ou encore infrastructures inadéquates.
Les « maux » de la maternité dans le secteur
Près de 41 % des répondantes ont été enceintes pendant leur activité. Parmi elles, 69 % ont pu bénéficier du congé maternité, mais 22 % l’ont écourté, parfois de plus d’un mois. Plus inquiétant : 9 % n’y ont pas eu accès du tout. Pour 42 répondantes, la raison avancée est limpide : sans elles, l’entreprise ne tourne pas.
Les aménagements proposés pour les femmes enceintes restent quasi inexistants, seuls quelques ajustements émergent : délégation, suppression de certaines tâches physiques, réorganisation des plannings. Les autres contraintes, port de charges, postures, exposition aux produits chimiques, vibrations ou intempéries, restent des obstacles majeurs.
« La Capeb insiste sur l’importance de rendre plus visibles les métiers du BTP et du paysage auprès des femmes. »
En conclusion, cette enquête démontre que la présence des femmes dans les métiers du bâtiment n’est déjà plus à prouver. Elles y sont déjà, elles y prouvent chaque jour leur compétence, leur professionnalisme et leur capacité à améliorer la prévention dans le secteur. Le dernier chantier qu’il reste à entreprendre est collectif. C’est celui de mettre à mal, une fois pour toutes, les clichés qui persistent !
Charlyne Lamiche
























