Le premier trimestre 2026 confirme la fragilité persistante du secteur de l’artisanat du bâtiment. Malgré quelques signaux d’amélioration dans l’immobilier, l’activité reste orientée à la baisse. Elle est désormais fragilisée par un nouveau choc externe lié aux tensions au Moyen-Orient, qui fait grimper brutalement les prix de l’énergie et des matériaux. Une pression supplémentaire qui inquiète fortement les artisans.
Le début d’année 2026 ne change pas la trajectoire observée depuis plusieurs mois. L’activité des entreprises artisanales du bâtiment recule de 1,5 % en glissement annuel, confirmant une tendance toujours négative.
Le neuf continue de tirer le secteur vers le bas avec une baisse de 2,5 %, tandis que l’entretien-amélioration recule également, de 1 %. Dans ce contexte, les carnets de commandes se stabilisent à un niveau jugé insuffisant, autour de 80 jours de travail.
Les signaux positifs issus du marché immobilier ne suffisent pas à inverser la dynamique. Les ventes dans l’ancien, les crédits à l’habitat, les permis de construire ou encore les mises en chantier progressent par endroits, mais ces évolutions restent sans traduction concrète sur l’activité des artisans.
La rénovation énergétique, toujours en perte de vitesse
Le segment de la rénovation énergétique, pourtant central pour la transition du secteur, poursuit son repli. Pour le sixième trimestre consécutif, l’activité recule, de 1,5 %.
Ce recul intervient alors même que les besoins structurels restent importants et que les dispositifs publics visent à soutenir ce marché. Mais sur le terrain, la dynamique ne redémarre pas, notamment pour les petites entreprises.
Un choc énergétique international qui fragilise le secteur
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient viennent désormais s’ajouter à une situation déjà dégradée. Elles entraînent une forte volatilité des prix de l’énergie et des matières premières, avec des conséquences directes pour les entreprises artisanales.
Près de 30 % des artisans déclarent subir un impact important ou très important de la hausse du pétrole. Dans la grande majorité des cas, soit 85 %, ce sont les déplacements vers les chantiers qui sont touchés en premier. Dans 44 % des situations, la hausse se diffuse ensuite à travers les fournisseurs, les coûts de transport et les matériaux.
Dans un secteur où la mobilité et les approvisionnements sont essentiels, cette hausse des coûts agit comme un facteur immédiat de déséquilibre économique.
Des équilibres financiers sous tension croissante
Au-delà des coûts, la situation financière des entreprises continue de se dégrader. Le solde d’opinion sur la trésorerie recule à -18 points, traduisant une tension accrue sur les liquidités.
Un quart des entreprises déclarent avoir besoin de financement, pour un montant moyen estimé à 24 000 euros. Par ailleurs, 19 % constatent une baisse de leurs marges, contre seulement 6 % qui observent une amélioration.
Dans deux cas sur trois, cette dégradation est directement liée à la hausse des coûts. Une dépendance de plus en plus difficile à absorber pour des structures déjà fragilisées par plusieurs années de ralentissement.
L’emploi reflète la dégradation de la conjoncture
La situation économique se traduit également sur l’emploi. Sur un an, environ 12 200 postes ont été supprimés dans les entreprises de moins de dix salariés.
Les perspectives restent orientées à la baisse. Les entreprises sont aujourd’hui plus nombreuses à envisager de réduire leurs effectifs qu’à recruter, signe d’un manque de visibilité sur la reprise.
« Nous sommes à un point de bascule »
Dans ce contexte, les représentants du secteur alertent sur une situation devenue critique. L’enchaînement des crises et la remontée des coûts font basculer l’activité dans une zone de forte instabilité.
« Les dernières données conjoncturelles montrent que nous sommes à un point de bascule. L’activité, déjà orientée à la baisse depuis des mois, est fortement pénalisée par la réalité des coûts qui repartent fortement à la hausse. Avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, nos entreprises subissent un nouveau choc qu’elles ne peuvent plus absorber. C’est la crise de trop. Les indicateurs invitent à agir immédiatement pour éviter l’enlisement des entreprises artisanales du bâtiment dans le marasme économique et leur permettre de retrouver une activité dynamique et créatrice d’emplois. Les échanges engagés à Matignon ce lundi 27 avril sont un signal positif, mais ils doivent désormais se traduire sans délai par des mesures concrètes et efficaces. » explique Jean-Christophe Repon, président de la Capeb.
Au-delà des chiffres, c’est la capacité du secteur à encaisser de nouveaux chocs qui est désormais en question. Dans un environnement économique instable, les entreprises artisanales du bâtiment attendent des réponses rapides pour éviter un enfoncement durable dans la crise.
Dominique PARRAVANO
























