À travers les décennies, le syndicalisme et l’artisanat du bâtiment ont traversé d’importantes mutations économiques, législatives et institutionnelles. L’ensemble des jalons réunis ci-dessous témoigne de la trajectoire de la Capeb et des syndicats professionnels qui, depuis l’après-guerre, s’efforcent d’allier bon sens de terrain, modernité technique et justice sociale pour défendre les entreprises à taille humaine. Plongée, non exhaustive, au cœur des archives.
1953, Marcel Lecœur, premier président de la Capeb et l’évolution des métiers : face au ministre de la Reconstruction, le président de la Fnab (premier acronyme de la Capeb) dénonce le manque d’information des artisans lors des adjudications et le refus des administrations de diviser les lots. Pour contrer la perte du rôle technique de l’architecte au profit des grands bureaux d’études, la profession crée les Cadet (centres artisanaux d’études et de technique) afin de lier directement clients et artisans.
1956, portrait social : une grande enquête révèle que 81 % des familles ouvrières vivent avec 21 000 à 60 000 francs par mois. Plus de la moitié dépasse les 46 heures hebdomadaires. Les trois quarts espèrent que leurs fils échapperont à cette condition, et 82 % rêvent d’une maison individuelle.
1959-1961, réglementations et Europe : en 1959, un amendement introduit une pénalité fiscale de 15 % sur le travail au noir et la responsabilité solidaire du donneur d’ouvrage. En 1960, la Commission européenne pose à Lisbonne les bases de l’agrément technique transfrontalier, tandis que l’année 1961 marque la fin de la première étape transitoire du Marché commun (baisse des douanes, égalité hommes-femmes).
1974, grève des cimenteries : une grève prolongée paralyse l’économie du bâtiment, forçant la mise au chômage technique des ouvriers du gros œuvre et soulignant la dépendance des maçons face aux filières industrielles.
1976-1978, crise d’identité et bricolage : en 1976, la profession réclame l’application stricte du Code de l’artisanat pour protéger son identité. En 1977, les artisans refusent l’étiquette de « classes moyennes » et rejettent les centres de gestion agréés, perçus comme un outil de suspicion administrative. En 1978, l’explosion du marché du bricolage (neuf milliards de francs, +19 % par an) menace le second œuvre.
1980-1983, technologie et métro : le congrès de l’ANRTM (1980) demande la revalorisation du travail manuel et la retraite à 55 ans pour les métiers pénibles. En 1983, le secteur adopte la caméra infrarouge pour traquer les déperditions thermiques tandis que la Capeb réalise un coup de communication en édifiant une vraie maison au cœur du métro.
1987-1989, loi antifraude et Minitel : une loi de 1987 permet aux chefs d’entreprise de s’assurer contre la faute inexcusable et renforce la lutte contre le travail clandestin (lequel pèse alors 30 milliards de francs, soit 40 % de hausse). Pour moderniser l’accès aux services, en 1989, la Capeb lance le code « 3616 Capeb » sur Minitel, centralisant les règles de l’art (DTU), les indicateurs économiques et la télégestion.
1992-1993, jeunesse et territoire : en 1992, le programme « Artisans Messagers » déploie des maquettes dans les écoles pour valoriser les métiers. En 1993, une loi libéralise les services funéraires (fin du monopole communal). En novembre, la Capeb dénonce les déséquilibres de l’aménagement du territoire et réclame des mesures pour redynamiser la ruralité face à l’hyperconcentration urbaine.
1995-1997, logiciels et accords techniques : lancement en 1995 du logiciel Charp’AO pour le dimensionnement des charpentes.En 1997, un accord avec la Fnas réorganise la filière sanitaire (fin des remises professionnelles aux particuliers sans installateur), tandis qu’un protocole est signé avec les acousticiens du Giac. La Capeb annonce aussi le lancement du CIP Métiers du Patrimoine pour identifier les spécialistes de l’ancien.
1998-1999, fiscalité et pénurie : instauration d’un crédit d’impôt de 15 % pour les travaux d’entretien des particuliers afin de contrer le travail au noir. En 1999, le secteur rappelle les règles strictes de détachement pour les entreprises étrangères, alors qu’une enquête révèle que 40 % des entreprises ne parviennent pas à recruter, soit 30 000 postes non pourvus.
2001-2008, bois, CSTB et pédagogie : signature en 2001 d’une charte pour monter à 12,5 % la part du bois dans la construction. En 2004, un accord avec la FFACB facilite l’accès aux garanties de livraison pour les artisans groupés, et une convention avec le CSTB offre des remises majeures sur les DTU. En 2006, le CIP Patrimoine structure ses modules de formation et, en 2008, les Artisans Messagers intègrent le développement durable à leur maquette.
2012, alliances constructeurs : face à la crise d’activité (-1 %), la Capeb s’associe à l’Ufcac pour ouvrir le marché de la maison individuelle aux structures artisanales sous forme de coopératives.
2015, guerre au travail illégal : lors de l’Assemblée générale de la Capeb, le Gouvernement annonce des contrôles renforcés (soir et week-end), l’application de la loi Savary, des amendes jusqu’à 500 000 euros et la possibilité de suspendre immédiatement les chantiers fraudeurs.
Thomas Peixoto




















