Le 10 juillet dernier, la première édition des Journées de la pierre, organisée dans le Finistère de concert avec les Capeb des quatre départements bretons et leurs partenaires de la filière, a réuni l’ensemble des acteurs du secteur. Entre préservation du patrimoine historique et développement de la construction contemporaine, cet événement régional, qui a réuni plus d’une centaine de professionnels, a mis en lumière les enjeux d’un matériau d’avenir profondément ancré dans le territoire.

En Bretagne, le travail de la pierre naturelle façonne le paysage bâti depuis des siècles. Lors de cette journée d’étude et d’échanges à Ergué-Gabéric, tailleurs de pierre, maçons, carriers et architectes se sont rassemblés pour témoigner de la vitalité de ce matériau. Entre restauration du patrimoine classé et projets contemporains, les intervenants ont souligné l’importance de s’appuyer sur la ressource locale.

Bâtir un esprit de filière

Qu’il s’agisse des édifices protégés ou de constructions neuves, la pierre permet d’assurer une continuité minérale et de garantir une intégration harmonieuse dans le paysage. Les projets récents démontrent que l’usage de roches massives ou d’éléments taillés s’inscrit pleinement dans les démarches environnementales actuelles, privilégiant la durabilité et la sobriété.

©T. Peixoto/ Le Bâtiment Artisanal

« Mon entreprise de restauration du patrimoine couvre toute la chaîne de valeur du matériau, du relevé sur site et du calepinage jusqu’au débit en atelier, à la taille et à la pose. Sur le terrain, la pierre exige une réelle capacité d’adaptation. Le tailleur de pierre doit parfois réaliser ses relevés lui-même directement sur les ouvrages anciens déformés plutôt que de s’appuyer sur des plans théoriques. Si le granit reste le matériau emblématique, la Bretagne offre également une grande diversité de pierres locales comme le schiste, le grès ou le tuffeau qu’il convient de valoriser.
L’accès à la construction contemporaine en pierre nécessite de bâtir un véritable esprit de filière et d’instaurer un travail collaboratif en amont rassemblant carriers, artisans, architectes et ingénieurs. La pierre imposant ses propres exigences physiques et structurelles, le projet doit s’adapter aux capacités réelles du matériau.
L’argument selon lequel la pierre serait un matériau trop coûteux reste réducteur. Lorsque sa masse et son inertie apportent un confort thermique naturel permettant de réduire les équipements techniques d’un bâtiment, l’équation économique globale s’avère particulièrement pertinente à long terme. C’est un choix de durabilité et de pérennité. »
Éric Le Dévéhat, dirigeant d’une entreprise de restauration du patrimoine en Ille-et-Vilaine et président de la section des Métiers de la Pierre à la Capeb Nationale.

La synergie des compétences

La mise en œuvre de la pierre dans le bâtiment exige un dialogue constant entre la maîtrise d’œuvre et les exécutants sur le terrain. La préparation des ouvrages passe par des relevés précis et des phases de calepinage en atelier avant toute pose sur le site. Les professionnels rappellent que chaque variété de roche impose ses propres contraintes techniques et esthétiques. L’intégration dans des secteurs sauvegardés nécessite un respect strict des caractéristiques du bâti environnant. L’utilisation de liants traditionnels, comme le mortier de chaux hydraulique, garantit la pérennité de la maçonnerie et évite les désordres liés à l’emploi de matériaux inadaptés.

©T. Peixoto/ Le Bâtiment Artisanal

« Mon parcours ma amené à travailler en carrière et à collaborer étroitement avec les artisans du secteur. Cette double expérience me permet aujourdhui de faire le lien entre les concepteurs et les réalisateurs de la filière. Pour réussir un projet en pierre naturelle, il faut comprendre les intérêts de lensemble des acteurs autour de la table. Lessentiel est de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, en restant focalisé sur le bâtiment lui-même. »
Stefano Zerbi, architecte, enseignant et expert en construction en pierre.

Le renouveau de la pierre structurelle

Portée par une synergie régionale à l’échelle des quatre départements bretons, la filière cherche à fédérer l’ensemble de ses intervenants, de l’extraction jusqu’à la pose. L’accès à la ressource et la valorisation des granits locaux constituent des enjeux majeurs. Les professionnels appellent de leurs vœux une meilleure concertation dès la phase d’esquisse des projets afin d’adapter le calepinage aux contraintes d’extraction en carrière. Au-delà de la conservation des monuments historiques, les retours d’expérience sur les bâtiments publics et privés récents confirment l’intérêt technique de la pierre structurelle. Sa masse thermique, sa faible empreinte carbone à l’échelle locale et sa grande longévité en font une alternative solide et durable pour l’architecture de demain.

Thomas Peixoto

www.capeb.fr/bretagne