Du terrain au cœur du débat public. Le 27 février, en Corse-du-Sud, Jean-Christophe Repon, le président national de la Capeb, a enchaîné visites de chantiers et débats nourris. D’un côté, le terrain et ses réalités ; de l’autre, des candidats aux municipales de 2026 appelés à préciser leurs engagements pour le secteur du bâtiment. Objectif affiché : faire de l’artisanat du bâtiment un axe fort des futurs programmes communaux.
En Corse-du-Sud, l’artisanat du bâtiment représente près de 3 500 chefs d’entreprise, environ 4 000 salariés et 250 apprentis. Des TPE pour la plupart, enracinées dans les villages comme dans les pôles urbains, garantes d’emplois non délocalisables et de savoir-faire transmis. Mais la situation se tend. La branche bâtiment a enregistré –14 % en deux ans de l’emploi salarié régional. Elle demeure pourtant le premier employeur de l’île.
Entre juin 2024 et juin 2025, 600 emplois ont été perdus dans le BTP en Corse, soit une baisse de 5,2 % en région, quand le recul s’établit à 2 % au niveau national. Un signal d’alerte clair, martelé par la Capeb : sans décisions locales adaptées, le décrochage pourrait s’accentuer. C’est cette réalité que la Capeb est venue rappeler aux futurs maires lors du déplacement du président national de la Capeb, Jean-Christophe Repon.

Des visites de terrain concrètes
Première halte à Cauro. Sur le chantier d’une maison ancienne en pleine renaissance, le président national de la Capeb s’immerge dans le réel : échafaudages, pierres à nu, gestes précis. Aux côtés du maire, de Xavier Lacombe — suppléant du député Marcangeli, ancien parlementaire et candidat aux municipales — et de Don Joseph Luccioni, représentant de l’AUE, Jean-Christophe Repon observe, questionne, échange.
Sur place, les artisans décrivent un exercice d’équilibriste : préserver l’âme du bâti, intégrer des exigences énergétiques toujours plus strictes, jongler avec des contraintes techniques et des budgets serrés. En Corse, restaurer l’ancien n’a rien d’un caprice patrimonial. C’est un choix stratégique, presque politique : bâtir pour demain sans effacer l’héritage d’hier.

Deuxième visite, autre ambiance : un chantier de construction neuve mené par une entreprise adhérente de la Capeb. Isolation performante, intégration paysagère, adaptation aux contraintes climatiques et logistiques de l’insularité.
Les échanges portent sur la performance énergétique, les délais d’approvisionnement, le coût des matériaux. Ici encore, la question centrale demeure : comment conjuguer modernité et respect du cadre insulaire ?
Rencontres institutionnelles
En parallèle des visites, Jean-Christophe Repon a échangé avec le député Paul-André Colombani et le maire de Sarrola-Carcopino, Alexandre Sarrola, en présence du président de la CAPEB PACA Corse et de plusieurs adhérents. Ces rencontres ont permis d’aborder des sujets concrets et techniques : l’accès au foncier, la commande publique, la gestion des déchets, autant de points cruciaux pour le fonctionnement des entreprises locales et leur développement sur le territoire.

Jean-christophe Repon, Christophe Angelini, Maire de Porto-Vecchio et Jean-Baptiste Michon, président de la Capeb Corse-du-Sud.
Une table ronde sur l’avenir de l’artisanat local
Changement de décor à Baleone, sur la commune de Sarrola-Carcopino. En fin d’après-midi, Jean-Christophe Repon, entouré de Jean-Baptiste Michon, président de la Capeb Corse-du-Sud, est passé du chantier au débat. Face à eux, une brochette de responsables politiques engagés dans la course aux municipales de 2026.
Parmi les principaux intervenants présents ou représentés lors de la table ronde : Paul-Félix Benedetti, Président du groupe Core in Fronte, François Filoni, Délégué territorial du Rassemblement national en Corse, Romain Colonna, Président du groupe Fà populu inseme, Jean-Christophe Angelini, Maire de Porto-Vecchio et secrétaire général du Partitu di a Nazione Corsa (PNC), Jean-Baptiste Luccioni Premier secrétaire fédéral du Parti socialiste en Corse-du-Sud et Stéphane Sbraggia ; Maire d’Ajaccio, issu de la droite républicaine, proche du mouvement Horizons (fondé par Édouard Philippe), Pascal Zagnoli, Secrétaire général du Partitu di a Nazione Corsa (PNC).
Le message de la Capeb est clair : dans un contexte d’activité en repli depuis deux ans, les très petites entreprises du bâtiment ne peuvent plus rester à la marge des programmes municipaux. « Il est essentiel que les politiques locales intègrent pleinement leurs enjeux » a martelé d’emblée Jean-Christophe Repon.

Foncier : sans terrain, pas d’atelier
Premier débat : la planification. Les documents de planification conditionnent l’existence même des ateliers artisanaux. Les candidats ont été invités à préciser comment ils entendent intégrer les entreprises locales dans leurs stratégies d’urbanisme. Révision du Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse, compatibilité des PLU, accès aux zones d’activités. Sans zones adaptées, sans accès au foncier, l’activité se retrouve marginalisée.
Romain Colonna plaide pour activer le levier de la rénovation, gage d’économie de sols et d’autonomie énergétique. La rénovation, « permet de préserver le foncier et de contribuer à l’autonomie énergétique », a-t-il expliqué, mettant en avant deux évolutions déterminantes à venir : le statut d’autonomie de la Corse, la révision du plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc). Elle aurait dû intervenir en 2022 au plus tard, comme l’a rappelé Jean-Baptiste Luccioni. « Il y a un besoin de révision tous les six ans. Désormais, le document n’est plus compatible avec les lois », estime-t-il. Jean-Baptiste Luccioni rappelle l’urgence de revoir un document d’aménagement devenu, selon lui, juridiquement dépassé. En toile de fond : insularité, empilement des normes, loi Littoral, loi Montagne. Les élus dénoncent une mécanique administrative qui freine l’initiative locale.
Construire utile, loger mieux
Paul-Félix Benedetti défend une construction « gagnant-gagnant », tournée vers l’intérêt collectif et la patrimonialisation du logement. Jean-Christophe Angelini, lui, voit un potentiel important : zones d’activités, pépinières d’entreprises, logements intergénérationnels ou saisonniers.
Un axe fait consensus : loger les travailleurs de passage et anticiper les besoins liés au vieillissement de la population. La « silver économie » et l’habitat public apparaissent comme des gisements d’activité pour les entreprises locales.
Marchés publics : jouer la carte locale ?
Autre levier concret : la commande publique. Allotissement des marchés, consultations sous les 100 000 euros pour favoriser les devis insulaires. Les outils existent. Reste à savoir si les communes feront le choix assumé de l’économie de proximité.
Même logique pour la rénovation énergétique : préserver le foncier, soutenir l’emploi local, renforcer l’autonomie de l’île.

Jean-christophe Repon et le maire d’Ajaccio.
Patrimoine et déchets : l’équation insulaire
Restaurer le bâti ancien, ce n’est pas seulement sauver des façades. C’est maintenir l’identité des villages et soutenir des savoir-faire spécifiques. Les artisans attendent des dispositifs cohérents pour pérenniser ces compétences.
Enfin, la question des déchets du bâtiment rappelle une évidence : sur une île, tout coûte plus cher. Transport, traitement, logistique. Les entreprises réclament des solutions calibrées pour la réalité corse. Le débat a ouvert des pistes : retour à la zone franche, meilleure prise en compte de l’insularité, sortie de l’indivision. Rien n’est tranché.
Une chose est sûre : la Capeb restera vigilante après le scrutin. Pour rappeler aux futurs maires qu’on ne bâtit pas un territoire sans ceux qui le construisent.
Dominique Parravano




















