À Nantes, un chantier de toiture impayé transforme une entreprise artisanale en lanceur d’alerte. Pachet Couverture attendait 385 000 euros depuis un an : l’interpellation publique du dirigeant sur LinkedIn a forcé la mairie à payer, révélant un malaise profond entre artisans du bâtiment et collectivités.
À Nantes, un simple chantier est devenu affaire d’État. En 2023, l’entreprise Pachet Couverture a pris en charge la restauration complète de la toiture de la mairie de Doulon. Un an plus tard, l’entreprise attendait toujours le règlement de 385 000 euros TTC, soit 8 % de son chiffre d’affaires annuel. Excédé, son dirigeant Nicolas Pachet et représentant de la section couverture de la Capeb 44, interpella publiquement la maire de Nantes sur LinkedIn. En quelques jours, la ville règle sa dette. Mais le mal est fait : ce coup d’éclat révèle un malaise profond entre collectivités et entreprises artisanales du bâtiment.
Un malaise national
Partout en France, le scénario se répète. Les PME du bâtiment étouffent sous les retards de paiement publics. Dans les Hauts-de-France, la Fédération régionale des travaux publics (FRTP) a publié un classement des bons et mauvais payeurs, secouant plusieurs métropoles comme Lille, Amiens ou Arras. Car derrière la moyenne flatteuse de 19,7 jours de délai selon l’Observatoire national, se cachent des retards bien plus lourds. D’après Altares, ils se sont aggravés entre fin 2024 et mi-2025. Et pour certaines entreprises, une seule facture impayée peut suffire à plomber la trésorerie.
Deux poids, deux mesures
Les artisans dénoncent un système à sens unique. « Une entreprise privée qui paie en retard, c’est une amende. Une collectivité, c’est une excuse », résume un professionnel. Les entreprises risquent des sanctions de la DGCCRF, les collectivités, non. Pourtant, 85 % des entreprises du BTP affirment subir ces délais. Depuis 2024, l’État publie les délais de paiement de chaque entité publique. Un pas vers la transparence mais certains élus y voient déjà une mise en accusation déguisée.
Bercy tape du poing sur la table
Sous la pression, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) change de stratégie. Objectif : réduire la part des paiements au-delà de 30 jours de 26 % à 20 % d’ici 2027. Chaque retard entraîne des intérêts moratoires automatiques, mais très peu d’entreprises les réclament. La FNTP plaide pour un calcul automatique via Chorus Pro. Certaines collectivités ont pris les devants : à Bordeaux, un plan d’action a fait passer le délai moyen de 42 à 32 jours ; à Aix-Marseille-Provence, un service facturier mutualisé a fluidifié la chaîne des paiements.
Derrière les chiffres, c’est un combat pour la survie des artisans qui se joue. Entre lenteurs administratives et trésoreries exsangues, le respect des délais n’est plus un détail comptable : c’est une question de justice économique.
Nous reviendrons plus amplement sur ce sujet dans notre prochaine édition du Bâtiment Artisanal.
Dominique PARRAVANO
























